Stop Mensonge et la chimiothérapie

Le site Stop Mensonge, on s’en rend vite compte, rejette par principe la médecine conventionnelle et ne vente que les mérites de pratiques médicales infondées mais décrites comme naturelles.

Un exemple particulièrement frappant est celui de la chimiothérapie.

Je ne compte pas évoquer ces traitements en eux-mêmes, j’aimerais juste mettre en évidence la façon dont le site fonctionne.

 

« Les gens meurent de Chimio, jamais du cancer lui-même ! », … Le Ras-le-Bol d’un professeur de Médecine américain !

Cliquez ici pour lire cet article.

Sous ce titre pas le moins du monde racoleur, on nous présente le professeur Jones, médecin reconnu et professeur d’université, qui affirme après 25 ans de recherche que la chimiothérapie ne fonctionne pas.

Je note juste ici un point : le terme « chimiothérapie » s’appliquant à presque tous les traitements médicamenteux des cancers, affirmer que cela ne fonctionne pas revient à dire qu’aucun traitement actuel n’est efficace. Pas moins.

En tout cas, ce professeur est catégorique.

Sauf qu’il y a un couac : Hardin B. Jones, « ancien professeur de physique et de physiologie médicale et exerçant le métier de médecin à Berkley » (dixit l’article), est mort en 1978… Et son étude sur la chimiothérapie date de 1956…

Soixante ans plus tard, est-il crédible de faire appel à ce médecin ?

Je pense que non. La médecine a énormément évolué depuis.

En tout cas, à la lecture de l’article, on croit que cet homme est vivant et vient tout juste de faire cette déclaration (ce qui est donc tout à fait faux). Et là est surtout le problème, je pense.

Et d’ailleurs, si Jones est mort, qui est l’homme apparaissant dans l’article et dans la vidéo, qu’un lecteur inattentif aura pris pour ce « professeur de médecine américain » ?

Il s’agit de Peter Glidden. Bien vivant, lui, et farouchement opposé à la chimiothérapie lui aussi.

 

Quelle crédibilité accorder à Peter Glidden ?

Le fameux Dr Peter Glidden, lorsqu’on se penche un peu sur lui, est un être étonnant.

Déjà, il faut aller sur des sites en anglais pour en apprendre un peu plus.

Il se présente comme « Dr Peter Glidden ND ». Ce qui surprendra le lecteur habitué aux habitudes anglosaxonnes.

En effet : dans le monde anglo-saxon, il y a deux types de doctorat : les doctorats de médecine (qui accorde le titre de MD, pour medical doctor) et les doctorats de science (qui accorde le titre de PhD, pour philosophical doctor, terme historique qui n’a plus rien à voir avec la philosophie). À noter qu’on peut tout à fait être les deux.

Mais Peter Glidden, lui, est « ND ».

Après recherche, cela signifie naturopathic doctor.

Sur son site, Glidden se targue en effet d’un « Doctoral Degree in Naturopathic Medicine » acquis à la Bastyr University en 1991. Cette université ne semble délivrer que des diplômes de médecine alternative, et ne semble pas jouir d’une grande considération.

Glidden n’affiche aucun autre diplôme de doctorat.

Quelle est la valeur de ce doctorat ?

Pas grande. Il n’est qu’assez peu reconnu par les institutions, et ne permet pas de travailler en tant que médecin. Il s’obtient en quatre ans.

 

Vous avez-dit conflit d’intérêt ?

Le docteur Glidden accuse de mercantilisme les médecins, mais lui-même propose une boutique bien fournie. Il vend des livres, des CD, des DVD, et même des t-shirts.

Lorsqu’il critique les chimiothérapies, c’est pour vendre ses propres remèdes derrière.

Cela n’est pas une preuve, mais mérite d’être noté.

 

Reprenons.

Le titre dit « Le Ras-le-Bol d’un professeur de Médecine américain ! ».

L’homme mis en avant tout au long de l’article, en réalité, c’est Glidden (c’est lui sur la photo, sur la vidéo, même si tout au long du texte on nous vend un profil qui est celui de Jones).

Glidden est américain, certes.

Il n’est pas véritablement médecin, en tout cas pas au sens où on l’entend dans la phrase (le titre sous-entend qu’il s’agit d’un médecin qui appartenait au système et qui le critique en toute connaissance de cause, ce qui n’est pas le cas).

Et professeur, en tout cas, il ne l’est certainement pas. D’ailleurs, lui-même ne s’est jamais présenté sous ce titre.

Le titre est donc trompeur. En fait, il s’agit d’un naturopathe convaincu n’ayant jamais pratiqué la médecine conventionnelle.

Il ne s’agit pas du « ras-le-bol d’un professeur de médecine » (confusion avec Jones) mais d’une tribune offerte à une personne ayant des partis pris évident.

 

Comment en arrive-t-on là ?

Écrire un article de ce genre, c’est très fort. Comment ont-ils fait pour en arriver là ?

Il serait long de remonter la longue lignée d’articles qui se copient les uns les autres, mais notons que le même site a déjà fourni deux articles sur le même sujet.

http://stopmensonges.com/big-pharma-la-chimiotherapie-ne-fonctionne-pas-dans-97-des-cas

Où l’on retrouve Peter Glidden, cette fois sans mention d’un quelconque professeur. L’article accumule les poncifs habituels.

http://stopmensonges.com/horrible-un-professeur-de-berkeley-les-gens-ne-meurent-pas-du-cancer-mais-de-la-chimiotherapie

Un article sur le professeur Jones, qui lui ne présente pas Peter Glidden, mais oublie quand même de préciser que le professeur est mort depuis des décennies.

L’article dont j’ai parlé ici semble être la collision aberrante entre les deux.

 

Conclusion.

Stop Mensonge fait très fort dans cet article.

Ressortant d’entre les morts un médecin, et entretenant la confusion avec un naturopathe, le site nous livre ici des articles de mauvaise qualité, remplis d’erreurs plus que grossières, et qui n’a au final aucune crédibilité.

Stop Mensonge fournit deux autres articles instructifs sur la chimiothérapie. L’un comparant son efficacité avec une molécule issu du gingembre gingembre, l’autre avec l’extrait de racine de pissenlit.

Celui sur le gingembre est le plus intéressant. À partir d’une étude encore un peu isolée, ils affirment que le shogaol (présent dans le gingembre) est plus efficace que le Taxol. D’une part il est un peu tôt pour conclure quoi que ce soit au sujet du shogaol, d’autre part l’auteur n’a apparemment pas conscience du fait que le Taxol est une substance naturelle, extrait de l’if (un arbre). Je l’évoquais déjà dans un précédent article : la plupart des chimiothérapies sont d’origine naturelle. En tout cas, l’auteur tente de diaboliser une chimiothérapie chimique malsaine au profit d’un traitement naturel bénéfique, alors qu’il aurait dû vérifier au moins ça : les deux sont naturels, les deux sont toxiques.

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Détecter un cancer avec votre téléphone portable.

J’aime lire ce que la presse grand public nous balance sur les sujets de santé. Les journalismes ont un don pour être à côté de la plaque.

Mercredi 27 juillet, le portail Yahoo! (qui agrège des articles publiés partout sur Internet) nous a proposé un article sobrement intitulé : « Détecter un cancer sera bientôt plus facile ».

Habituel titre racoleur et non informatif.

Continuer à lire … « Détecter un cancer avec votre téléphone portable. »

Chérie, je pars en forêt cueillir la chimiothérapie pour mon cancer !

De nombreux patients craignent la chimiothérapie. Et plus globalement tous les effets néfastes des traitements anticancéreux, qui sont souvent assez bien connus du grand public.

À juste titre, puisque les effets secondaires, quoi que bien moins importants qu’auparavant[1], restent un vrai problème. Ceux qui les dérangent le plus ne sont d’ailleurs pas forcément les plus dangereux : les patients appréhendent surtout les nausées & vomissements, la chute des cheveux, la fatigue. C’est ça qu’ils vivent au quotidien, et ce que leur entourage voit, mais il y a aussi (plus tardivement et plus insidieusement) une toxicité vis-à-vis des organes nobles, notamment cœur et reins (organes vitaux s’il en est). Et le classique mais néanmoins ironique cancer secondaire, induit par le traitement anticancéreux…

Mais ceci n’est pas le sujet de cet article.

On comprend alors, en voyant l’état de délabrement dans lequel certains patients cancéreux finissent, que certaines personnes aient peur de ces traitements, et qu’elles essayent de se tourner vers d’autres solutions, si possible au moins aussi efficaces mais sans effets secondaires.

Ces gens-là accusent les chimiothérapies et les radiothérapies d’être inefficaces et délétères, et se tournent vers la nature, la spiritualité.

Mais ceci n’est pas non plus le sujet de cet article.

Je reviendrai un jour sur les traitements dits « alternatifs » au cancer. Ces traitements « non chimiques, sans effets secondaires, et bien plus efficaces que toutes ses saloperies que les laboratoires nous refilent pour se faire du fric ». Ces sujets-là méritent notre intérêt puisqu’ils tuent des patients.

Mais alors, quel est le sujet de cet article ?

Le voilà : si l’on se penche sur ces « affreuses chimiothérapie » qui rien que dans leur nom montrent bien qu’elles ne sont que des produits chimiques (donc toxiques), on se rend compte qu’il y a quelques problèmes.

1er problème : affirmer que ce qui est naturel est bon et ce qui est synthétique est mauvais est une vision naïve et fausse de la réalité.

2e problème : distinguer ce qui serait « naturel » et ce qui serait « chimique » n’a aucun sens et n’est d’ailleurs pas possible en pratique.

3e problème : parmi les substances de chimiothérapie, certaines peuvent se cueillir en forêt, et sont donc sans l’ombre d’un doute parfaitement naturelles.

 

Les alcaloïdes de la pervenche.

La pervenche de Madagascar (Catharanthus roseus), jolie fleur mauve malgache, contient de très nombreux alcaloïdes. De ses feuilles, on peut ainsi par exemple extraire la vinblastine et la vincristine, puissants poisons du fuseau mitotique. Ces poisons, utilisés à la bonne dose et associés à d’autres molécules, peuvent traiter certains cancers (par exemple le myélome ou le lymphome).

À noter que les quantités de vincristine et de vinblastine sont très faibles, et la production de traitements nécessite donc beaucoup de feuilles. Qu’à cela ne tienne ! La catharanthine et la  vindoline, précurseurs naturels de ces substances, sont présentes en assez grande quantité dans les feuilles, et l’on peut donc, à partir d’elles, former plus de produits actifs.

 

Les taxanes.

Vous connaissez peut-être l’if, un arbre courant en Europe et en Amérique du Nord, qui a cette particularité d’être particulièrement toxique. Les propriétaires de chevaux savent qu’il ne faut pas attacher un cheval à proximité d’un if, de peur qu’il n’en mange les épines et ne meurt.

Parmi toutes les substances toxiques que contient l’if de l’Ouest (Taxus brevifolia, présent en Amérique du Nord), il y a le paclitaxel, présent dans l’écorce.

Extrait, il est utilisé dans certains cancers (par exemple du sein). Il s’agit également d’un poison du fuseau mitotique.

Les quantités nécessaires à la médecine n’étant pas vraiment compatibles avec le nombre d’ifs de l’Ouest et son délai de maturité, on a cependant découvert dans les feuilles un autre produit similaire, le docétaxel.

 

Autres exemples.

Les anthracyclines : ces substances sont naturellement produites par des bactéries du genre Streptomyces[2].

La bléomycine : également produite par des bactéries du genre Streptomyces.

Étoposide : pas directement extrait d’une plante, c’est tout de même un dérivé de la podophyllotoxine qui est produite par une herbacée du genre Podophyllum.

 

Je m’arrête là. À côté de cela, il existe d’autres substances de chimiothérapie qui sont effectivement des produits synthétiques obtenus en laboratoire sans la moindre inspiration naturelle.

Mais tout de même : certaines chimio sont parfaitement naturelles. On peut même parler de phytothérapie. Certains patients ne reçoivent ainsi que des extraits naturels de plantes.

C’est surtout le terme de « chimiothérapie » qui fait peur. Il y a « chimique » dedans. Mais en réalité, le terme désigne, à la base, tout traitement par des substances[3], par opposition à des traitements par des rayons X (radiothérapie), par des cures thermales (balnéothérapie), etc.

 

Conclusion.

Il faut d’abord le dire, la nature a fourni à l’Homme la quasi-totalité des traitements médicamenteux qu’il utilise. Presque toutes les molécules utilisées en médecine sont naturelles ou sont des dérivés de produits naturels.

Les molécules issues de la chimie pure sont rares. Et ce ne sont pas les plus toxiques, loin de là.

Pour tout vous dire, les poisons les plus puissants que l’on connaisse sont tous parfaitement naturels : toxine botulique, cyanure, amatoxines, etc., toutes ses choses-là ne sont pas des inventions mais des découvertes de l’Homme.

La nature est une inépuisable source de traitement, y compris pour la fameuse « médecine conventionnelle » à qui on reproche de ne pas être naturelle. Encore aujourd’hui, de nombreuses recherches portent sur des composés issus du monde animal ou du monde végétal.

En fait, la seule chose qui, bien souvent, distingue ces traitements des traitements dits « naturels », ce sont les méthodes de production, industrielles et non pas artisanales. Mais l’avantage de la production industrielle est tout même une production plus importante et surtout un contrôle précis des quantités et une grande pureté des produits finis.

En fait, la différence, c’est qu’en buvant une tisane de plantes, on ne sait absolument pas quelle quantité de principe actif on ingurgite, et on ne sait absolument pas quelles autres substances l’accompagnent.

 

[1] La radiothérapie en est le meilleur exemple : l’utilisation de rayons de haute énergie (plus pénétrants) puis la conformation 3D (permettant un meilleur ciblage) ont permis de réduire drastiquement les mutilantes lésions cutanées qui étaient presque systématique dans, par exemple, le traitement du cancer du sein. Il en va de même pour la chimiothérapie : des produits de moins en moins toxiques, mais aussi de plus en plus efficaces (ce qui permet de réduire les doses, et donc les effets secondaires).

[2] Pour rappel, la quasi-totalité des antibiotiques nous ont été fournis par des bactéries ou par leurs ennemis naturels, les champignons microscopiques.

[3] Le terme est encore actuellement employé dans ce sens en psychiatrie.