Manifeste : Le paranormal n’existe pas.

Introduction : qu’est-ce que le paranormal ?

Déjà, essayons de donner une définition de ce dont on parle.

“Adj. Qui ne trouve aucune explication dans le cours normal des phénomènes, dont la science ne peut rendre compte.”

Dictionnaire de l’Académie française, 8e édition.

 

“Adj. […] dont l’existence même est contestée et qui ne pourraient être expliqués que par l’intervention de forces inconnues”

TLFi.

Les autres dictionnaires donnent sensiblement le même genre de définition à l’adjectif « paranormal ». Le substantif n’est pas toujours reconnu, mais il est défini comme l’ensemble des sujets paranormaux.

On note rapidement une chose : le paranormal, par définition, correspond à des choses que l’on ne peut pas expliquer avec les connaissances actuelles. Cela signifie que « paranormal » est en quelque sort le nom que l’on donne à notre propre ignorance. L’évolution des connaissances sort certains sujets de ce domaine, comme par exemple l’électromagnétisme, qui aurait pu être qualifiée de phénomène paranormal il y a deux siècles mais qui ne l’est plus du tout.

Ainsi, à mes yeux, le paranormal n’existe pas. Une chose n’est pas intrinsèquement « normale » ou « paranormale ». Elle existe ou n’existe pas, indépendamment de la connaissance que nous en avons. Notre connaissance des choses n’a aucun impact : le fait de comprendre un phénomène ne le modifie pas.

Donc une chose, un phénomène, existe ou n’existe pas, on le comprend ou on ne le comprend pas. Mais en aucun cas il ne peut être qualifié de « paranormal ».

 

Sujets relevant du paranormal.

Même si le paranormal n’est pas une notion valide, elle reste éventuellement pertinente. Rassembler sous un même terme tout ce que l’état actuel de la science ne peut expliquer, cela peut être intéressant. Ou du moins pratique.

Alors, que range-t-on habituellement sous ce terme ?

Globalement, c’est un vaste fourre-tout.

Mais déjà, on constate deux grands types de phénomènes paranormaux : ceux qu’on pourrait qualifier de dons, et ceux qu’on pourrait qualifier de manifestations.

Les « dons » sont des capacités humaines (éventuellement animales) qu’on ne peut expliquer par des mécanismes connus, et qui généralement sont utilisables à la demande. Exemples : voyance, télépathie, télékinésie, etc. Ces dons sont facilement vérifiables et étudiables : il suffit de préparer un protocole expérimental, de réunir les conditions d’un travail de qualité, et de demander au sujet testé de faire une démonstration de ses capacités. On peut alors s’assurer de la réalité ou non de ce don, et éventuellement de le caractériser, de l’étudier plus ou moins en détail.

À noter que la parapsychologie (qui s’intéresse à cette partie du paranormal) définie notamment le concept de « psi » qui regroupe d’une part la perception extrasensorielle, et d’autre part la psychokinèse (action sur la matière).

Les « manifestations » sont des phénomènes se produisant apparemment sans intervention humaine et n’ayant en apparence pas d’explication physique ou chimique. Exemples : fantômes, combustion spontanée, pierres mouvantes, disparitions inexpliquées d’avions, etc.

Ces manifestations sont plus difficiles à étudier puisqu’on ne peut les déclencher à la demande. Pour les fantômes, par exemple, il est nécessaire de se rendre dans un endroit réputé hanté et d’attendre. Ce qui est long et hasardeux.

Le phénomène en question peut prendre des formes variées et survenir à peu près n’importe quand n’importe où (pour un fantôme, souvent un bâtiment voire aussi ses environs proches, généralement de nuit et parfois même à une heure précise).

 

Démarche à adopter.

Il est évident que la démarche doit être la même que pour tout autre phénomène à étudier. Certains refusent l’usage de la démarche scientifique, mais il n’y a pourtant, a priori, aucune raison de ne pas s’en service.

Dès lors qu’un phénomène a des conséquences concrètes et objectivables, on peut l’étudier à l’aide de la méthode scientifique. Une personne affirmant pouvoir prédire des évènements ou agir sur la matière peut ainsi être testée.

Si au contraire un phénomène n’a aucune emprise sur le réel, quel est l’intérêt de l’étudier ? Quel est l’intérêt, par exemple, de se poser des questions sur l’éventuelle existence d’un monde parallèle au notre et sur les habitudes de vie de ses habitants ? S’il n’existe aucun lien, aucun contact possible entre eux et nous, pourquoi s’y intéresser ?

Le premier piège consiste à théoriser avant de prouver. Tant que l’on n’a pas prouvé la réalité d’un phénomène, il n’est pas utile d’essayer d’en comprendre les mécanismes.

Un exemple classique est celui-ci : avant de se demander si lubrifier son conduit de cheminée est utile au père Noël, il faut prouver que celui-ci existe. Il en est de même de bien des choses : avant de se demander quelle est la distance maximale possible entre deux télépathes, il faut pouvoir prouver que les deux sujets communiquent réellement par un moyen actuellement inconnu (et il faut donc éliminer toute possibilité de fraude).

Le deuxième piège consiste à vouloir tout baser sur des impressions et des intuitions. Il faut savoir une chose, c’est que nous ne sommes pas parfaits : nos sens nous trompent, notre mémoire est faillible, et nos interprétations pas toujours raisonnables.

Nos sens : il suffit de voir ce que donnent les illusions d’optique et les illusions auditives pour comprendre à quel point ils sont imparfaits.

Notre mémoire : nous avons tous déjà fait de grossières erreurs en raison de souvenirs défaillants. Parfois, pour des épisodes de notre vie pas forcément très vieux, on remarque qu’une autre personne également présente en a gardé un souvenir très différent.

Nos interprétations : la pareidolie en est le meilleur exemple. C’est une erreur courante dans le domaine du paranormal. C’est ce qui fait que nous avons tendance à repérer des visages ou des formes connues même là où il n’y a rien.

Alors à quoi se fier ? À des instruments de mesure, déjà. Même s’ils ne sont pas parfaits non plus, ils apportent du concret, du vérifiable. Ce qui est toujours utile.

Ça n’est pas pour rien que les chasseurs de fantômes partent bardés d’équipements ultrasophistiqués. Caméras haute définition, caméras infrarouge, microphones, thermomètres électroniques, etc.

Les données obtenues ne sont pas subjectives. Cela ne veut pas dire qu’il faut en faire n’importe quoi, évidemment.

Cette démarche, en tout cas, est en partie scientifique : on cherche à objectiver des phénomènes. Ainsi, une sensation brutale de froid (qui est un attribut classique du fantôme) peut être remise en doute (mensonge, mais aussi conséquence de la peur, où surinterprétation d’un léger courant d’air), alors qu’un thermomètre apporte la preuve d’une éventuelle réelle différence de température.

Ça n’est qu’un début, mais déjà cela permet bien des choses.

Ensuite, il est très important de penser à toutes les hypothèses. Avant d’affirmer quelque chose (surtout si c’est grandiose), il faut éliminer certaines hypothèses : canular, fraude, erreur, phénomène naturel connu, etc.

 

Pourquoi étudier les phénomènes paranormaux ?

Beaucoup refusent de se pencher sur de telles balivernes. C’est compréhensible, mais cela laisse le champ libre à toutes sortes d’amateurs voire de charlatans. C’est dommage.

Il est donc important de se pencher sur ces sujets, et de le faire avec sérieux : il n’est pas question de partir avec des préjugés (quels qu’ils soient).

D’autant plus lorsque la portée de ces phénomènes est très importante. Imaginez : si la télépathie existe, c’est un formidable outil en puissance. Si les extra-terrestres nous visitent, c’est potentiellement une formidable avancée technologique qu’ils pourraient nous offrir. Si la vie après la mort existe, c’est un formidable espoir pour de nombreuses personnes.

Malheureusement, pour le moment, nous n’avons aucune preuve de tout cela. Aucune preuve que la télépathie n’existe, aucune preuve que d’éventuels extra-terrestres aient pris contact avec nous, aucune preuve de l’immortalité de l’âme.

Étudier ces phénomènes avec sérieux, sans y croire à l’avance mais sans les rejeter par principe, est donc important.

Et il ne faut pas entretenir vainement l’espoir des gens : un sujet comme la vie après la mort est un sujet grave, qui peut avoir des conséquences sur les gens qui y croient.

 

Un problème de taille : la difficulté d’évoquer ces thèmes.

En fait, il y a plusieurs problèmes.

Déjà, certaines personnes veulent croire en l’un ou l’autre des phénomènes dits paranormaux. Par exemple, de nombreux adaptes acharnés de la vie après la mort ont perdus un proche. Prenez par exemple Stéphane Allix ou Jean Pernin. Le fait que la vie après la mort soit étudiée par des gens qui ont une très forte envie d’y croire est un problème : ils risquent d’être biaisés dès le départ, et de tout faire (inconsciemment) pour que ça marche. Surtout s’ils s’adressent à des personnes qui elles aussi ont envie d’y croire (on les comprend, l’idée est tellement séduisante : elle nous rassure sur notre propre fin et nous permet d’espérer pouvoir retrouver ceux qu’on a perdu).

Un deuxième problème est celui du témoignage. Les « preuves » données pour un phénomène paranormal sont souvent une simple accumulation d’anecdotes, de témoignages. Mais que des milliers de personnes affirment quelques choses ne constitue pas une preuve. Tout au plus une orientation.

Un autre problème encore vient du fait que même lorsqu’un phénomène n’est pas réel, cela ne signifie pas forcément canular ou fraude. La plupart des tenants, la grande majorité même, quel que soit le phénomène, sont parfaitement honnêtes et sincères. Il est donc tentant d’accepter leurs travaux. Pourtant, la sincérité n’est pas un argument. Un prétendu voyant peut être sincère et convaincu d’avoir un don, sans que cela soit vrai pour autant. Il peut en être intimement persuadé, cela n’empêche pas qu’il faille le tester pour s’en assurer. Ce qui n’offre pas de grosses difficultés lorsque c’est bien fait, puisqu’il suffit de lui faire faire des prédictions et de les vérifier ensuite.

Un dernier problème (mais pas des moindres) est celui du sensationnalisme. Ces phénomènes, lorsqu’ils surviennent, sont souvent très bien relayés. Parce que c’est incroyable, parce que ça fait rêver, parce qu’on a envie d’y croire. La diffusion des histoires de fantômes, d’OVNI, ou encore de pouvoirs parapsychiques, est très bonne.

Mais celle des explications l’est moins. Même si dès le départ une explication simple et rationnelle est donnée, elle risque de passer à la trappe. C’est moins vendeur, ça rend le phénomène moins intéressant. Du coup, quand l’explication (même si c’est une certitude) arrive tardivement, elle n’est tout simplement pas relayée. Les médias ne font jamais (ou rarement) de démenti sur ces sujets-là. Le dernier exemple marquant en date (quand j’écris ces lignes) est celui de cet ado qui aurait découvert une nouvelle cité maya à l’aide des constellations. On savait dès le début que cette affaire était douteuse, et assez rapidement les premiers débunkages sont arrivés. Pourtant, une fois passée l’info sensationnelle, les critiques et les correctifs ont très peu tournés. C’est comme ça, mais c’est dommage : ça laisse le grand public dans l’ignorance, dans le rêve. Un très grand nombre d’histoire de fantôme ont été expliquées rationnellement après coups, mais dans très peu de cas ces explications ont été diffusées par les médias. Pire encore : parfois des histoires sont ressorties des cartons et sont à nouveau présentées au public comme des mystères inexpliqués… alors qu’ils le sont depuis longtemps.

Mais c’est moins vendeur.

 

De quoi je parlerai ?

Pour plus de clarté, je tenterai (un peu artificiellement) de ranger mes articles dans l’une ou l’autre des catégories suivantes :

  • Vie après la mort : fantômes et au-delà, communication avec les morts
  • Ufologie : OVNI, crop-circles et extra-terrestres
  • Psi [ou parapsychologie plutôt] : perception extra-sensorielle et psychokinèse
  • Divination : voyance, astrologie (méthodes permettant de voir l’avenir ou de deviner le présent)
  • Cryptides : yéti, monstre du loch Ness, etc.
  • Phénomènes naturelles inexpliqués : pierres mouvantes, triangle des Bermudes, etc.

 

 

Manifeste : Foi et religion.

La foi et la religion : définitions.

La foi est la conviction de l’existence d’une entité ou d’un phénomène.

La foi s’oppose à la preuve, puisque la foi se détermine par une conviction intime non lié à des faits observables.

La foi est souvent comparée à une confiance aveugle. La foi en Dieu consiste à croire à son existence sans en avoir de preuve. S’il existait des preuves de Dieu, on ne pourrait plus parler de croyance ni de foi. Ce serait simplement une évidence. Par exemple, croire en la gravité ne relève pas de la foi, mais du bon sens.

Pis : la foi est une vertu par le fait même qu’elle sous-entend que l’on fait confiance en Dieu sans attendre de sa part la moindre preuve d’existence.

C’est donc quelque chose qui vient de l’intérieur. La foi n’est basée sur rien d’autre qu’une certitude profonde.

La foi concerne surtout le déisme, c’est-à-dire la croyance en l’existence d’une entité consciente ayant sciemment façonné l’univers. Déjà, remarquons que cette notion de Dieu ne nécessite absolument pas celle de religion.

Une religion est un système basé sur la foi, mais qui dépasse l’idée d’un Dieu. La religion attribue à Dieu des caractéristiques, des intentions, et décide de lui vouer un culte en imaginant s’attirer ses grâces. Chaque religion monothéiste se fonde sur une même idée de Dieu, mais en donne une interprétation très différente.

On peut ainsi croire en Dieu sans se réclamer d’aucune religion. C’est par exemple le cas de ceux qui évoquent un grand horloger créature de l’univers, mais ne lui vouent pas de culte.

 

De l’existence de Dieu.

L’existence de Dieu, lorsque l’on y regarde de plus près, n’a pas d’intérêt.

Est-ce que l’existence ou la non-existence de Dieu change quoi que ce soit à notre univers ? Non.

Les règles de notre univers existent et sont observables. Qu’elles soient ou non dues à une entité intelligente supérieure ne les modifient en rien.

De fait, la connaissance de Dieu n’est pas nécessaire. L’hypothèse Dieu n’apporte rien, ne change rien.

D’ailleurs, lorsque l’on évoque l’existence de Dieu, le principal problème est celui de la définition même de Dieu. Qu’est-ce que Dieu ? De quoi parle-t-on ?

Il est nécessaire, avant de se demander s’il existe ou pas, de savoir de quoi il s’agit.

À mon sens, « Dieu existe-t-il ? » n’est donc pas une bonne question. La seule qui vaille, à ce sujet, est « qu’est-ce que Dieu ? ».

Une fois que l’on a posé une définition (même imparfaite, car il s’agit surtout de se mettre d’accord), on peut s’interroger un peu plus. Par exemple, on peut s’interroger sur les caractéristiques de ce Dieu. Certains le disent à la fois bienveillant, omniscient et omnipotent.

Il est évident qu’il ne peut pas être les trois à la fois, puisque cela est faux du point de vue même de la logique, mais peut-on vraiment lui attribué un seul de ces adjectifs ?

Comment savoir si Dieu est bienveillant ou pas ?

En fait, on ne peut que difficilement répondre à cela.

Ensuite, viens la religion. Et notamment, même en supposant que Dieu existe, est-il réellement utile de lui vouer un culte ? Comment savoir s’il apprécie ce culte et nous en récompensera, ou au contraire s’il déteste cela et nous punira ? Ou alors, cela lui est-il égal ?

S’il faut lui vouer un culte, alors lequel ? Comment savoir ce qui lui plait ?

 

En entrant dans un lieu de culte, faut-il enlever son chapeau ou faut-il enlever ses chaussures pour s’assurer une place au paradis ?

Là encore, difficile de répondre à ces questions.

Mais est-ce que cela à un intérêt, au final ?

 

La base des religions : textes sacrés et traditions.

Les livres sacrés sont l’un des éléments les plus intéressants des religions. Pour deux raisons principales.

Premièrement, il s’agit de textes à portée universelle qui s’avèrent cependant très spécifique à une époque et à un lieu donné. Le Tanakh, c’est une évidence, s’adresse à un peuple particulier issu d’une époque particulière. Le lire aujourd’hui n’a certainement pas le même impact. Quant à l’unité de lieu, elle est évidente puisque seuls des éléments (animaux, plantes, villes, etc.) d’une aire géographique très limitée sont cités. De fait, sa visée universaliste s’effondre rapidement. C’est aussi le cas des autres textes sacrés.

Deuxièmement, il s’agit de textes dont on affirme qu’ils sont d’inspiration divine. Cela, en plus de l’importance concrète de certains passages, nous fait bien comprendre qu’il est essentiel qu’ils soient parfaits en tout point. Cela n’est pas le cas : tous contiennent des contradictions, des erreurs manifestes et souvent des immoralités profondes. Pis encore, il n’existe jamais de version unique : aucun manuscrit du Tanakh et de la Bible ne contient le même texte (ce qui jette en doute sur d’éventuelles erreurs de copistes, et force les éditeurs à choisir un texte) ; quant au Coran, la situation est particulière, puisque tout a été fait pour qu’il n’existe qu’une seule et unique version, et ce à la lettre près (d’une part par la destruction de toutes les copies concurrentes au texte du calife Othman, d’autre part par une attention très scrupuleuse portée au texte). De fait, il est légitime de se poser des questions sur l’éventuelle modification du texte au cours du temps, par plusieurs génération d’Hommes (d’autant que dans la plupart des cas, ces textes n’ont été mis à l’écrit que tardivement, étant initialement appris par cœur et transmis de maître en disciple).

Quant à la tradition, elle apporte quelque chose d’autre. Si de nombreuses religions s’articulent autour d’un texte sacré d’inspiration divine qui leur sert de base religieuse et souvent juridique, elles sont toutes formées d’une importante tradition qui détermine l’usage qui est réellement fait des textes. Leur interprétation en dépend, et plus encore la tradition peut se mettre en premier plan : dans le catholicisme, l’Église est une construction qui n’est quasi pas basée sur la Bible. Tout a été construit dans un second temps. De même, entre différentes branches d’une même religion, un même texte peut donner deux usages très différents ; le sunnisme et le chiisme en sont en bon exemple puisqu’ils sont très différents (d’un point de vue théologique et juridique) alors qu’ils se basent sur des sources identiques.

Cela étant dit, quelle valeur peut-on réellement donner à ces textes et à ces traditions ? Sachant qu’ils régulent la vie des millions de personnes, il serait bon de savoir quelle confiance ils devraient nous inspirer.

 

La religion et la science.

Voilà un autre point d’achoppement. Si la religion en elle-même est intéressante, de nombreuses personnes mettent en opposition religion et science. On parle même parfois de lutte.

Il y a alors plusieurs attitudes : une qui consiste à choisir son camp, et une qui consiste à tenter de concilier les deux.

On constate, lorsque l’on se penche sur le passé, que chaque avancée de la science a fait reculer la religion. Ça n’est pas anodin : la religion se niche là où il y a de la place.

Actuellement, une grande partie des croyants reconnaissent l’existence du Big Bang et de l’évolution des espèces. Cela aurait été parfaitement impensable il y a quelques siècles. Mais les preuves scientifiques ont, pas après pas, repoussé la religion dans ses retranchements.

Il n’est pas si loin le temps où la Bible était lue littéralement. Tout son contenu était alors tenu pour vrai, absolu et universel. De nos jours, cette position est intenable : seuls quelques rares illuminés y parviennent. De fait, la Bible est majoritairement lue selon un axe interprétatif.

Chaque fois que la science a pu démontrer des erreurs dans la Bible, les passages concernés ont cessés d’être pris au pied de la lettre, et ont commencé à n’être abordés que sous l’angle de l’allégorie.

Dès lors, comment faire confiance au texte ? Et surtout, comment interpréter un passage précis ?

Pour cette dernière question, il s’agit d’un choix qui bien souvent dépend surtout de ce que l’on veut faire dire au texte. Il est aisé de prendre au pied de la lettre un passage qui nous plait, et de rejeter comme simplement allégorique un passage qui nous déplaît.

De nombreuses personnes refusent de voir là-dedans une victoire de la science. D’ailleurs, ayant abandonné la lecture littérale des textes, ils se réfugient là où la science ne semble pas avoir d’emprise : la morale.

Il existe de plus en plus de croyants qui acceptent les connaissances scientifiques dans son ensemble et lisent la Bible à partir d’elles, en rejetant ainsi le déluge de Noé (qui n’est plus considéré comme une réalité, mais reste selon eux une métaphore, un conte utile) ainsi que bien d’autres passages, mais en acceptant tout l’enseignement juridique et moral contre lesquels la science ne pourra jamais rien.

Si par exemple la Bible condamne une pratique alimentaire, jamais la science ne pourra la contredire. Voilà donc au moins quelques passages qui sont à l’abri. Il en va de même pour la condamnation de n’importe quel comportement, ou de n’importe quel pratique ; ou au contraire de la glorification de ces mêmes choses.

 

La religion et la morale.

J’en arrive donc au dernier point. Les religions ne conservent, aux yeux du grand public, à peu près que leur enseignement moral. Le reste est vu comme une mythologie, comme des contes pour enfant.

Mais ces religions sont-elles si morales ?

Pas toujours. Il existe dans chaque texte sacré des passages qui ferait frémir d’horreur n’importe qui de censé. Ils sont souvent mis de côté, puisque souvent les croyants piochent ce qui leur plait.

Dès lors, comment considérer ces textes ? S’il faut choisir ce qui est bon ou non parmi les informations données, quel est leur intérêt ? Autant se créer sa propre morale.

Ensuite, que faire si les textes n’évoquent pas un point précis ?

Puisqu’ils s’adressent à des peuples complètement différents de nous, les textes n’abordent pas grand nombre de problèmes actuels, et il est nécessaire de surinterpréter pour parvenir à y trouver des solutions.

Le Tanakh, la Bible et le Coran ne parlent jamais des manipulations génétiques. Alors est-ce condamnable de le faire, ou non ? Ils ne parlent jamais de l’intelligence artificielle. Est-ce condamnable d’en créer ?

Ils n’ont pas la réponse à ce genre de questions. Il est plus souvent question de la façon de manger ou de se nourrir dans un contexte vieux de plusieurs millénaires.

La question de l’intérêt de ces religions aujourd’hui peut donc se poser.

Quant aux nouvelles religions, notamment les religions dites New Age, c’est une autre question : elles sont plus modernes, mieux adaptées à notre mode de vie actuelle. Mais sont-elles pour autant intéressantes ?

 

 

Quels projets à ce sujet ?

Dans mes articles, je parlerai surtout de la Bible. Pour deux très bonnes raisons.

La première étant que dans une culture judéo-chrétienne comme la nôtre, c’est la religion la plus présente et la mieux connue de mon lectorat ; la deuxième, plus terre à terre encore, est qu’il s’agit de celle que je connais le mieux.

Je parlerai aussi des autres religions du livre : judaïsme, islam, mormonisme (qu’il est difficile de considérer comme une simple branche du christianisme).

Je parlerai peut-être des autres religions, mais l’esprit en est souvent très différent. Les religions polythéistes sont radicalement différentes, et reposent peu sur des textes sacrés tels le Tanakh, la Bible, le Coran et le livre de Mormon.

Quant à certaines religions orientales, elles tiennent parfois plus de la philosophie que de la religion, malgré un socle de croyances.

Le paganisme, l’animisme, ne sont pas des religions. La religion suppose un système institutionnalisé ou un minimum formalisé.

J’évoquerai aussi la superstition. Les croyances ne se résument pas aux religions, et l’impact de certaines superstitions est flagrants (y compris chez des religieux, puisque la religion n’a jamais réussi à éliminer les superstitions mêmes non fidèles aux dogmes).

C’est cela la croyance : tenir pour vraie une chose sans en avoir de preuve. Peu importe que cette chose soit vraie ou fausse dans la réalité, d’ailleurs : tenir pour vrai une chose effectivement vraie peut relever de la croyance si cette certitude ne s’appuie pas sur des preuves mais simplement sur une conviction intime. La religion n’est pas la seule forme de croyance.

Les articles que j’écrirai porteront d’une part sur l’idée même de Dieu (l’idée déiste indépendante de toute forme de religion) et d’autre part sur les pratiques religieuses et leur base (notamment leurs limites, leur failles). Je parlerai donc aussi un peu des croyances non liées à une divinité : superstitions et pensée magique.

Manifeste : Pour une médecine efficace.

L’objectif de la médecine est de vivre mieux et plus longtemps.

En cela, on constate déjà une amélioration par rapport aux siècles précédents. Les progrès d’hygiène et de thérapeutique ont permis un allongement notable de l’espérance de vie, et (plus important encore), une amélioration notable de la qualité de vie.

Le plus grand progrès de la médecine, disons le plus flagrant, a été celui de la mortalité infantile.

Deux siècles en arrière, un enfant sur cinq meurt avant l’âge d’un an. Environ 20 %.

Actuellement en France, c’est 0,35 % (selon l’Insee).

Il est nécessaire que les progrès continuent. De nombreuses choses restent à faire. La grande victoire du XXe siècle a été la lutte contre les infections, qui s’est considérablement améliorée. Mais la raréfaction du nombre d’infection, et la diminution de leur gravité, a laissé la place à d’autres maladies, et notamment les maladies cardio-vasculaires qui sont le grand mal moderne.

 

Médecine conventionnelle et médecines alternatives.

La médecine, c’est simplement un ensemble de méthodes permettant de maintenir ou de restaurer la santé.

On définit souvent une médecine conventionnelle et des médecines dites « alternatives », « non-conventionnelles », « douces », ou plus récemment « complémentaires ».

De nombreux médecins préfèrent le terme de « médecines complémentaires », qui signifie bien que ces techniques ne se substituent pas à la médecine conventionnelle et s’y ajoutent simplement.

J’irai plus loin : pour moi, la distinction n’a aucun sens.

Il n’existe ni médecine conventionnelle ni médecine non-conventionnelles.

Il n’existe qu’une médecine : la médecine.

Il existe un ensemble de méthodes permettant de maintenir ou de restaurer la santé. Si une technique permet effectivement de maintenir ou de restaurer la santé, c’est de la médecine. Si une technique est inefficace pour cet objectif, ça n’en est pas.

C’est aussi simple que cela : si cela fonctionne, c’est de la médecine ; si cela ne fonctionne pas, c’est bon à jeter. Faire des distinctions n’est pas pertinent et n’apporte rien.

D’ailleurs, cette séparation (souvent assez nette, en pratique) est essentiellement due aux pratiquants des médecines dites alternatives eux-mêmes. Puisque leur fonds de commerce consiste souvent à se placer en opposition à la médecine conventionnelle, ils font tout pour s’en détacher. Ils lui donnent même des noms d’exclusion : médecine occidentale (par opposition aux pratiques traditionnelles asiatiques), allopathique (par opposition à l’homéopathie, et parfois même par opposition à toutes les pratiques non conventionnelles), ou encore orthodoxe, chimique, etc.

Si les pratiquants des médecines dites alternatives se disent souvent rejetés par les médecins « orthodoxes », force est de constater que bien souvent le rejet des pratiques conventionnelles est très forts de leur part.

Les principales critiques qu’ils font à la médecine conventionnelle, c’est qu’elle ne serait pas naturelle, et qu’elle serait toxique (voire pire que le mal qu’elle souhaite combattre).

Que la médecine conventionnelle ne soit pas naturelle, c’est en grande partie faux et dans tous les cas sans importance. Il n’existe aucune définition claire entre ce qui est artificiel et ce qui est naturel, et de toute façon ce qui compte, ce sont les résultats.

Qu’elle soit toxique, c’est le cas. Aucun traitement n’est parfaitement anodin et bénin. Il existe toujours des effets secondaires, et il faut faire avec. La seule chose qui compte, c’est d’en avoir conscience et de choisir le meilleur. C’est la fameuse balance bénéfice-risque : même s’il existe des effets secondaires, un traitement peut être une solution « moins pire » que la maladie. De la même manière qu’amputer une jambe cause un handicap sérieux mais peux sauver une vie en cas d’infection ou de traumatisme grave, eh bien un médicament peut avoir des effets secondaires importants mais guérir une maladie mortelle.

Il faut savoir faire la part des choses et choisir le meilleur pour le patient. Ça n’est pas toujours facile.

 

Limites de certaines pratiques non conventionnelles.

Il serait faux d’affirmer (par exemple) que « l’homéopathie, ça ne marche pas ». Il faut même le dire : ça fonctionne. La question n’est pas là.

En fait, il y a deux questions quand on s’intéresse à une pratique médicale : quelles sont ses possibilités et quelles sont ses limites ?

Reprenons l’exemple de l’homéopathie. Les faits sont catégoriques : elle n’a aucun effet propre. Ses seuls effets sont des effets non spécifiques (le fameux effet placebo mais aussi d’autres effets contextuels).

Pour autant, on ne peut pas dire que ces effets non spécifiques ne sont pas intéressants. Si un patient enrhumé prend un granulé d’homéopathie, il guérira.

Certes, il guérira aussi s’il n’en prend pas. Le granulé ne réduira pas l’intensité des symptômes ou la durée du rhume. Mais prendre ce granulé, c’est quand même « faire quelque chose » : il est parfois rassurant (plutôt que de ne rien faire et d’attendre que ça passe) de faire quelque chose, de se donner l’impression d’avoir un semblant d’emprise sur sa maladie.

Et puis il ne faut pas oublier l’effet placebo lui-même (un peu comme le « bisou magique » qui guérit les bobos des enfants).

Tout cela fait que les patients qui prennent de l’homéopathie en sont très contents.

D’ailleurs, beaucoup de pharmaciens et de médecins conseillent à leurs patients de l’homéopathie alors qu’eux-mêmes savent pertinemment que cela n’aura aucun effet spécifique. Le plus souvent, l’argument invoqué et que cela détourne le patient de médicaments pas plus utiles mais plus néfastes (si le patient est très demandeur, il risque, sans bénéfice franc, de prendre des médicaments ayant des effets, donc des effets secondaires).

Certes, ces intérêts sont minimes et ne fonctionnent que pour des maladies bénignes (il est hors de question de traiter un cancer à l’homéopathie, ou alors parallèlement à un vrai traitement anti-cancéreux), mais si les patients aiment ça, après tout, pourquoi le leur refuser ?

Le plus important, c’est de connaître les limites de ces traitements. De savoir ce qu’ils ne peuvent pas faire.

Le reste, c’est de l’enrobage.

 

 

Les risques des traitements inefficaces.

La santé est un sujet sérieux.

Vendre de l’espoir à des malades incurables avec des traitements inefficaces est un acte grave.

Détourner les patients d’un traitement efficace est un acte encore plus grave.

Et pourtant, cela se voit tous les jours.

Et le pire, c’est que les promoteurs de ce genre de traitements sont parfaitement convaincus d’avoir raisons. Ce ne sont pas des charlatans qui tentent de se faire de l’argent (ou en tout cas rarement). Ce sont des individus convaincus des bienfaits de leurs traitements, et qui entraînent d’autres personnes dans leur idéologie. Il y a parfois des morts, ou des handicaps graves, à cause de traitements inefficaces. Cela n’est évidemment pas tolérable.

Un des exemples les plus souvent cités est celui des patients cancéreux qui arrêtent leur chimiothérapie pour se soigner avec des plantes. Mais les chimiothérapies ont fait la preuve de leur efficacité. Elles sont certes toxiques, mais donnent de bons résultats. Les huiles essentielles n’ont généralement aucun effet secondaire, c’est certain, mais elles sont sans effet sur le cancer.

Cette fuite vers des traitements hasardeux est en partie liée aux forts effets secondaires des traitements anti-cancéreux, mais en partie aussi à des théories douteuses sur les maladies, et donc des traitements.

Mais il est important, quelle que soit la maladie, de ne pas prendre de traitements nocifs ou inefficaces, ou pire de se détourner de traitements efficaces pour cela.

 

 

Les risques des traitements efficaces.

Il est également bon de connaître les limites des traitements réellement efficaces. Tous les traitements qui ont des effets ont aussi des effets secondaires. Il n’existe aucune exception : les seuls médicaments ou traitements non médicamenteux qui n’ont aucun effet secondaire n’ont aucun effet tout court.

Mais ces effets secondaires ne sont pas systématiques et pas forcément graves.

Mais cela existe. Et ces effets secondaires ne doivent pas détourner les patients de ces traitements, comme c’est souvent le cas. La principale raison pour laquelle les patients arrêtent un traitement, ce sont les effets secondaires.

Les chimiothérapies anti-cancéreuses sont nocives pour l’organisme : perte de cheveux, nausées, mais aussi d’autres effets plus graves. Mais est-ce si grave ? Elles permettent aux patients de vivre plus longtemps et d’avoir une meilleure qualité de vie.

Les vaccins ne sont pas toujours parfaitement efficaces et peuvent causer certains effets délétères (surtout chez certains patients à risques comme les femmes enceintes et les immunodéprimés). Est-ce si grave ? De nombreuses épidémies sont évitées grâce à eux. Les vaccins ont évité des millions de morts, et encore plus de séquelles handicapantes (on en parle moins, mais la mort n’est pas la seule conséquence néfaste des maladies, et empêcher une personne de finir plus ou moins lourdement handicapée physiquement ou mentalement est très important).

 

Comment évaluer les traitements ?

Savoir si un traitement est efficace ou non est assez simple en théorie, plus complexe en pratique.

Mais déjà, il faut abandonner l’idée des témoignages. Qu’il existe des gens très satisfaits d’un traitement n’est en aucun cas une preuve d’efficacité.

Comme dirait l’autre, les morts ne témoignent pas.

Si un site Internet vante les mérites d’un traitement à base d’herbes chinoises pour soigner les problèmes de rein, et ce grâce à une succession de témoins qui affirment qu’ils se sentent beaucoup mieux depuis qu’ils ont arrêtés leur traitement habituel pour essayer ce remède miracle, alors il faut se méfier. Cela ne constitue pas une preuve.

Imaginons qu’une centaine de personnes essayent ce traitement. Mettons que cinquante meurent rapidement. Mettons qu’en raison d’une aggravation, trente abandonnent et retournent chez leur médecin. Alors il reste vingt personnes bien contentes qui peuvent s’extasier sur le site Internet que le traitement fonctionne merveilleusement bien. Quant aux trente qui ont abandonnés, il est peu probable qu’elles prennent la peine de se plaindre sur le site.

Résultat : un traitement dangereux paraît miraculeux.

Ceci est caricatural, mais est en fait très représentatif de ce qui se passe.

Alors comment faire ? Il faut déjà être exhaustif : se contenter, comme sur le site Internet que je viens d’imaginer, des témoignages spontanés, n’est pas fiable. La preuve : on laisse de côté tous ceux qui sont morts.

Il faut donc suivre les patients jusqu’au bout pour avoir une vision globale des choses.

Ensuite, un traitement doit être comparé : on ne peut pas se contenter de donner le traitement à tous les patients et de voir ce qui se passe. Sinon, il est fort à parier que tous les traitements du monde paraîtraient efficaces contre le rhume avec un taux de succès de 100 %.

Non : il faut comparer ce traitement à un autre traitement, ou à rien. En faisant deux groupes de patients tirés au sort (pour éviter de donner le traitement à des patients initialement moins malades et donc surestimer son efficacité). On peut ainsi, à l’aide d’outils statistiques, déterminer si le traitement testé est efficace, ou s’il est meilleur que l’autre.

Ceci est absolument nécessaire. Il faut prouver l’efficacité d’un traitement : la santé des gens est en jeu. Et il faut le faire avec rigueur.

En plus de l’efficacité, il faut tester pour chaque traitement sa sécurité. Certains traitements sont dangereux. Si cette dangerosité vaut le coup par rapport à son efficacité, il peut être utile. Mais s’il est plus dangereux qu’efficace, il est à bannir.

Et ceci doit non seulement être fait pour chaque traitement, mais également être répété autant de fois qu’il existe de maladies à traiter.

Un traitement n’est pas bon en soi : il est bon pour une maladie donnée. Il peut éventuellement être bon pour d’autres maladies, ou au contraire être néfastes pour d’autre maladie. La panacée n’existe pas, et il faut donc s’assurer que le traitement est utilisé pour un problème de santé où il est efficace.

Ainsi, ce qui soigne une infection pulmonaire ne soignera pas forcément une infection urinaire.

Ainsi, ce qui soigne un cancer du sein ne soignera pas forcément un cancer de l’estomac.

Si quelqu’un affirme que son traitement miracle est efficace pour tout, il doit pouvoir le prouver.

Par exemple, il est tentant de penser que la morphine, qui est un antidouleur très puisant, agit sur tous les types de douleurs, quelle qu’en soit la cause et la localisation.

Pas de chance, elle n’est quasiment pas efficace sur les douleurs neuropathiques, qui nécessitent des traitements complètement différents.

C’est comme ça : tout à ses limites, et il faut les connaître.

 

Conclusion.

Je détaillerai tout cela dans mes articles.

Je parlerai beaucoup des médecines dites alternatives, qu’elles fonctionnent ou qu’elles ne fonctionnent pas. Je parlerai aussi du rejet de la médecine moderne, notamment des vaccins et des traitements anticancéreux.

Manifeste : La science, la vraie.

 

La science comme source de connaissance.

Beaucoup de gens disent que pour acquérir des connaissances fiables, toutes les méthodes se valent, et qu’après tout ce n’est qu’une question de croyance. Croire au Dieu des catholiques et croire en la science, c’est pareil, c’est une croyance. Les connaissances qu’on peut en tirer ne sont pas différentes, celles de la science ne sont pas meilleures.

On dit encore que la science n’explique pas tout. Alors pourquoi rejeter les autres méthodes ? Si elles apportent des réponses qui manquent à la science, il faut les prendre.

Eh bien je dis non. Seules les réponses de la science importent. Le reste n’est que croyance.

Par exemple, affirmer que Dieu existe relève de la croyance : il n’y a aucune preuve qu’une entité consciente soit à l’origine du monde. Affirmer que Dieu est bienveillant est aussi une croyance : rien ne le prouve, aucun argument ne vient l’étayer de quelque façon que ce soit.

Je ne veux pas tomber dans le scientisme. C’est un excès que je combats. Mais je le dis et je le répète : la science n’est pas une croyance. En aucun cas.

 

Pourquoi ? Parce que la science refuse d’admettre quelque chose comme vrai sans preuve. Je suis intimement convaincu que tout doit pouvoir être prouvé. Si l’on est convaincu par quelque chose, il est nécessaire d’avoir des preuves solides. Pourquoi accepter des informations non prouvées ?

Toute information doit avoir deux intérêts : un intérêt explicatif, et un intérêt prédictif.

Une théorie doit pouvoir expliquer le monde qui nous entoure.

Par exemple, la théorie newtonienne de la gravitation explique très bien pourquoi un objet lâché va chuter jusqu’à rencontrer un obstacle (le sol, typiquement) ou pourquoi la Terre tourne autour du Soleil.

De même, les théories newtoniennes permettent de prédire les conséquences physiques de certaines actions. Par exemple, si je lâche une boule de bowling au-dessus de mon pied, je vais passer un très mauvais quart d’heure. Et si je regarde le ciel tel jour à venir à telle heure, les planètes, la Lune et le Soleil seront à telle position.

Seule la science permet cela. Pas par prétention : par définition.

« Science » est simplement le nom que l’on donne à la méthode qui permet de comprendre au mieux le fonctionnement de notre univers. Il reste encore à déterminer quelle est cette méthode, une fois que l’on a posé cette définition. Mais ça se fait assez bien : les seules connaissances solides viennent d’une méthode essentiellement hypothético-déductive reposant sur l’expérimentation.

C’est un peu plus complexe que ça, mais dans un premier temps nous allons nous en contenter.

Les autres méthodes ne fonctionnent pas aussi bien (et souvent ne fonctionnent que sur un coup de chance). Ça a été le cas de beaucoup de méthodes anciennes plus ou moins métaphysiques, qui fonctionnait uniquement par une inférence de type induction.

De même, si de nombreuses méthodes permettent d’obtenir des explications sur l’univers qui nous entoure (la religion le fait), seule la science permet d’établir des théories prédictives. Pour la simple et bonne raison qu’une théorie n’est prédictive que si elle a été testé par une méthode d’expérimentation. Ainsi, si après un nombre suffisant d’essais on constate que notre modèle est tombé juste à chaque fois, on peut le considérer comme correct (et ce jusqu’à qu’une prédiction se révèle fausse, ce qui nous pousserait à revoir ce modèle).

Si une théorie n’est ni explicative ni prédictive, ou si elle est seulement explicative, elle ne sert à rien. On ne peut à ce moment-là pas l’utiliser, et la considérer vraie est inutile (même lorsqu’il n’est pas possible de prouver qu’elle est fausse).

Et c’est à cela que sert la science. Peu importe qu’une chose soit vraie ou fausse au sens philosophique. Ce qui importe c’est l’usage que l’on peut en faire. Les progrès de la science ont permis d’envoyer l’homme dans l’espace et (encore mieux) d’y recycler l’urine en eau buvable. Peu importe que toutes les théories qui ont permis cela soient fausses au regard des lois cosmiques naturelles : elles ont permis de grandes choses.

D’ailleurs, une information obtenue par le biais de la science peut être fausse ou approximative. Peu importe : ce qui compte, c’est que les connaissances obtenues soient utilisables dans la pratique.

Aussi, la science peut être mise en échec et ne pas (du moins à un instant t) donner de réponse ou de solution à un problème. C’est n’est pas une raison pour se tourner vers une autre méthode : en l’absence de preuves, il vaut mieux suspendre son jugement que de se plonger dans une théorie explicative mais infondée.

Je disais que la science peut fournir des erreurs. Revenons sur la théorie de la gravitation de Newton, et plus généralement de la mécanique classique. On a dit qu’elle était explicative et prédictive (donc utilisable de manière concrète, ce qui n’a pas manqué d’être fait depuis deux siècles). Cette théorie est enseignée à l’école, et forme la base de ce que les ingénieurs doivent connaître de la physique pour créer et inventer.

Et bien cette théorie est fausse. Cette théorie est fausse car approximative. Elle n’est, en réalité, pas toujours si prédictive que cela. On peut aisément la mettre en échec, et il y a un siècle déjà cela a été repéré : certains mouvements d’astres n’étaient pas conforment aux prédictions faites à l’aide du modèle newtonien.

Pourquoi ? Simplement parce que des effets non pris en compte, qui seraient difficile à détailler ici, viennent modifier le cours des choses. Il a fallu attendre Einstein et sa théorie de la relativité générale pour corriger ces erreurs de prédictions. La physique newtonienne est donc un leurre qui ne rend pas suffisamment compte de la réalité de notre univers. On peut même dire que le modèle qu’est la physique newtonienne ne reflète pas ce qu’est la physique naturelle.

Mais est-ce si grave ? Non. Encore aujourd’hui tout le monde s’en sert, et pas qu’un peu.

Ce qui fait la valeur d’une théorie, ça n’est pas son exactitude, c’est son utilité. Il est dans bien des cas plus simple d’utiliser la physique sans prendre en compte (par exemple) la déformation de l’espace-temps par la matière. Les résultats ne seraient même pas plus précis, vus les appareils de mesure utilisés.

J’en viens donc à dire ceci : nos connaissances doivent être prouvées, et plus encore doivent être utiles.

Même lorsque la science laisse un vide, il n’y a pas nécessité à le combler avec des informations infondées.

 

La démarche scientifique.

De manière grossière, la démarche scientifique est la suivante : on émet des hypothèses à partir de nos observations.

Exemple d’hypothèse : la Terre attire à elle les objets.

On vérifie ensuite ces hypothèses par un moyen qui n’est pas intuitif : on cherche à se donner tort, à mettre en défaut nos hypothèses.

La bonne logique humaine nous pousse à chercher tout ce qui pourrait confirmer notre hypothèse (donc ici, à amasser des exemples d’objets qui tombent par terre lorsqu’on les lâche). En science, on fait l’inverse : on cherche une chose qui pourrait nous donner tort. Et c’est le fait de ne pas trouver cette chose, malgré une recherche la plus complète possible, qui nous donnera raison (au moins provisoirement).

Pourquoi ? Parce qu’en cherchant des exemples qui vont dans notre sens, on trouvera toujours tout ce qu’il faut pour confirmer notre hypothèse. Mais ça ne nous donnera pas raison.

Reprenons notre hypothèse : j’ai testé mon hypothèse en lâchant tous les objets qui j’avais chez moi. Tous sont tombés. Donc la Terre attire à elle tous les objets.

Ça vous paraît correct ? Eh bien ça ne l’est pas. Il faut absolument chercher un objet qui ne tomberait pas.

En l’occurrence, il en existe : si je lâche un ballon de baudruche rempli d’hélium, il ne va pas tomber. Il va s’envoler. C’est ce ballon de baudruche qui importe : c’est de mettre en doute notre hypothèse et de chercher à la réfuter qui va nous permettre de la renforcer, de lui donner du poids.

Notre hypothèse est-elle fausse ? En partie du moins, puisque l’hélium est le seul objet testé à ne pas s’y conformer : il n’est pas attiré par la Terre, il la fuit. Mais il y a au moins un fond de vrai dans mon hypothèse, qui semble très pratique puisqu’elle fonctionne avec tout ce que j’avais chez moi.

Que faire ? La jeter ? Non. En science, on reformule en fonction des nouveaux résultats pour, d’approximation en approximation, s’approcher le plus possible d’une description correcte de notre univers. Peut-être qu’on n’y parviendra jamais, mais le plus important est de s’en approcher le plus possible.

Nouvelle hypothèse : la Terre attire à elle tous les objets, mais ceux-ci se répartiront ensuite en fonction de leur masse.

Ceci semble plus correct. Une pierre tombe au fond de l’eau mais un ballon rempli d’air flotte à sa surface. Un ballon rempli d’air tombe au sol mais un ballon rempli d’hélium flottera jusqu’au-dessus de l’air, tout en restant dans le giron de la Terre (qui l’attire quand même, simplement elle l’attire moins qu’elle n’attire l’air).

Et voilà, on a fait de la science.

C’est très con, en vrai. Et souvent, on le fait au quotidien sans même s’en rendre compte.

Même ceux qui rejettent la science en font souvent sans le savoir. Et souvent, ce qu’ils rejettent c’est surtout une autorité qu’ils ne reconnaissent pas ou des connaissances que leur idéologie refuse.

Lorsqu’on explique ce qu’est vraiment la science (j’espère avoir au moins un peu réussi ici), personne ne conteste cette méthode.

Lorsque nos hypothèses auront suffisamment été éprouvées, et que toutes les utilisations faites seront un succès, on pourra formuler une théorie.

Ça ne veut pas dire que cette théorie est vraie. Ça veut seulement dire qu’elle est utilisable en pratique, et qu’elle peut éventuellement être considérée comme vraie jusqu’à ce que de nouvelles informations viennent la contester.

 

Les pseudosciences.

La science est frustrante : elle n’apporte que des réponses approximatives et provisoires. Évidemment, il est alors tentant de se tourner vers une pseudoscience, voire une croyance, qui apportera des réponses intangibles et absolues (et tant qu’à faire rassurantes).

Comment lutter contre cela ? Ces réponses sont souvent plus séduisantes (du point de vue de l’idéologie, elles peuvent nous conforter dans une certaine vision des choses), et paraissent même souvent plus crédibles (une certitude est toujours plus convaincante qu’un doute).

Le critère de réfutabilité de Popper est un des outils les plus importants, en science. Dans l’idée, toute hypothèse, toute théorie, doit y répondre pour être valide. Sans entrer dans le détail, cela signifie qu’il faut pouvoir imaginer un résultat d’expérience qui vienne contredire notre hypothèse ou théorie. Par exemple, si j’affirme que tous les cygnes sont blancs, c’est une hypothèse testable scientifiquement : trouver un cygne noir me donnerait tort, donc l’hypothèse est réfutable (mais pas forcément réfutée : encore faut-il trouver ce cygne noir)[1]. Inversement, l’hypothèse Dieu n’est pas réfutable : aucune observation, quelle qu’elle soit, ne pourra jamais invalider l’existence de Dieu. Aucun fait imaginable ne pourra jamais invalider son existence.

La réfutabilité est une force parce que le fait qu’il existe (dans l’idée) des observations pouvant jeter à terre notre théorie, mais qu’aucune n’ait encore été observée, la rend solide.

Dans les pseudosciences, c’est souvent (mais pas toujours) l’inverse. Et c’est bien plus intuitif et séduisant : qu’une hypothèse ou une théorie paraisse inattaquable en fait un argument de poids pour convaincre le néophyte. Qu’une théorie soit absolue et irréfutable, ça fait très sérieux.

Mais c’est illusoire. Et c’est là une des bases des pseudosciences : un raisonnement qui nous parle, mais qui n’est pas solide en réalité. Malheureusement pour elle, la méthode scientifique est souvent contre-intuitive et n’apporte que des résultats décevants.

 

 

Conclusion.

Après toutes ces affirmations péremptoire qui risquent d’en défriser plus d’un, je terminerai ici. D’autres articles me permettront de détailler certains points soulever ici, et d’aborder des thèmes plus spéficiques. Et l’espace commentaire est l’occasion d’échanger : si vous n’êtes pas d’accord avec moi, dites-le, je me ferai une joie de vous expliquer en quoi vous avez tort. Ou pas. Sait-on jamais.

Dans mes articles, j’essayerai de faire plusieurs choses.

Premièrement, d’expliquer ce qu’est (et ce que n’est pas) la science.

Deuxièmement, d’analyser les pseudo-sciences pour vous montrer les erreurs de raisonnement qui sont faites.

Troisièmement, d’évoquer les errements qui peuvent exister parallèlement à la science (guidés par une idéologie quelconque).

 

Dernier points : autant il existe des pseudo-sciences (puisque tout un tas de méthodes peuvent exister), autant il n’existe que la science (qui est la méthode scientifique, la seule méthode valable par définition).

 

[1] En fait, il existe bel et bien des cygnes noirs. Il s’agit de l’espèce Cygnus atratus, qui comme tous les animaux pas clairs, vient d’Australie.

Quelques vérités en vrac.

Je vais ici tenter un survol succinct mais presque exhaustif des sujets qui seront abordés dans ce blogue. Il est possible que vous soyez parfaitement d’accord avec certaines affirmations, mais plus mitigé voire réfractaire devant d’autres.

Cependant, elles sont toutes parfaitement vraies. Je les détaillerai et les expliquerai un jour ou l’autre.

Les sentences ont été triées selon les quatre grands thèmes du blogue, et j’ai mis en gras le mot-clef de chaque phrase pour vous permettre de repérer quelque chose sans tout lire.

Continuer à lire … « Quelques vérités en vrac. »

Je suis meilleur que vous.

Exprimer son avis en public, c’est-à-dire en dehors du cadre privé, reviens à considérer que cet avis peut être intéressant pour un auditoire, et donc que cet avis apporte aux autres quelque chose qu’ils n’ont pas.

En clair, publier son avis revient à considérer que cet avis mérite d’être lu par d’autres, et donc qu’il est supérieur à ce que les gens pensent par eux-mêmes.

Cette attitude est à la base de l’enseignement : une personne ayant des connaissances les partage auprès d’individus ne les ayant pas.

Ouvrir un blogue, c’est considérer qu’on vaut mieux que ses lecteurs. Que notre avis mérite d’être lu par eux, parce que cela les édifiera.

Je force un peu le trait, mais l’idée est là.

En écrivant ici, je prends l’attitude du maître et vous impose celle d’élèves. Alors certes, vous pouvez répondre, commenter. Mais pas plus qu’un écolier sur son banc d’école.

Cette attitude est donc la mienne ici. Cher lecteur, si tu me lis, je suis intimement convaincu que cela t’apportera quelque chose. En bien ou en mal, peu importe. Mais cela t’apportera quelque chose : des informations que tu n’avais pas, une interprétation de ces informations que tu n’avais pas. Bref, tu apprendras.

Et si tu sais déjà tout ce que je dirai, ne perds pas ton temps à me lire.

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