Datagueule et l’agriculture : revue critique

Article encore en chantier.

Avant toute chose, j’aimerais signaler que l’agriculture n’est pas mon domaine, et que le regard que je peux avoir sur cette vidéo n’est donc pas celui d’un spécialiste.

Cela étant dit, mon analyse portera surtout sur la forme (la manière dont la vidéo présente les « data ») et sur la méthode (c’est-à-dire les sources des « data »). J’aurais du mal à parler du fond, mais cela n’est pas très grave puisque cette vidéo sert surtout d’exemple et j’aurais pu en prendre une autre.

Je me permets de suivre, en guise de plan, la succession informations sourcées en bas de vidéo.

 

Introduction.

Datagueule continue de nous abreuver à larges flots de données brutes et factuelles sur tout un tas de sujets.

J’ai plusieurs reproches à faire à cette émission :

  • Le format. Un rythme rapide et décousu, peu propice à la réflexion. Un habillage visuel et sonore très vendeur, mais surtout influençant le spectateur.
  • L’illusion d’objectivité. Une succession de données vendues comme impartiales mais sorties de leur contexte et surinterprétées.
  • Les sources. Souvent de mauvaise qualité ou partisane, souvent de seconde ou de troisième main, souvent mal comprises.

Ce blog vous a déjà offert un article sur le sujet. Le but ici n’est pas tout à fait le même : ici, c’est une analyse un peu systématique d’une vidéo quelconque récente. L’autre article était un coup de gueule sur des erreurs graves d’une vidéo parlant de santé.

 

« Nous étions plus de 2,5 milliards d’humains en 1950, presque 3,7 milliards en 1970, 6,1 milliards en 2000. Nous allons dépasser les 7,5 milliards en 2017. Et en 2050 ? Plus de 9,7 milliards d’hommes et de femmes peupleront la planète. »

https://is.gd/vkM0DL

La source est l’ESA, c’est-à-dire les Affaires sociales et économique de l’ONU.

Je n’ai rien à redire.

Mais ensuite, la vidéo balance une bombe : pour faire faire à l’accroissement de la population, et les besoins alimentaires fatalement plus importants, la solution depuis cinquante ans est de « PRODUIRE PLUS ». Suivi d’un « OU PAS ».

Et là on rentre dans le vif du sujet.

 

« La production mondiale agricole actuelle pourrait permettre de nourrir 12 milliards de personnes. »

https://is.gd/pTaefF + https://is.gd/BHa35C + https://is.gd/L6jtsn

Source 1 : Un rapport de l’ONU (semble donc fiable).

Source 2 : Un article du Point, qui est une interview du rapporteur Olivier de Schutter, auteur de la précédente source (plus-value pas évident, mais plus accessible).

Source 3 : Un article du Monde, qui est une interview du même Olivier de Schutter.

L’idée ici est donc que sans produire plus, on peut nourrir plus de gens.

Je n’ai pas réussi à trouver ce chiffre de douze milliards dans le rapport, ni dans les interviews. Dans celle du Point, néanmoins, il signale que la production agricole, en termes de calories, équivaut à deux fois plus que les besoins journaliers des 7 milliards de personnes vivant actuellement sur Terre. Chiffre que lui-même je ne trouve pas dans le rapport.

Si un lecteur plus attentif que moi les trouve, qu’il me le dise : j’ai pu rater quelque chose.

En tout cas, cela mérite quelques questions :

Cet idéal de nourrir effectivement deux fois plus de personnes avec la même production est-il crédible ? (En partant du principe que le chiffre est vrai.)

La production actuelle le permettrait à condition de ne laisser filer aucune perte, si je comprends bien. Est-ce possible, dans les faits, le gaspillage zéro ?

Elle reviendrait aussi, si je ne rate aucun détail, à supprimer la viande d’élevage (qui consomme une bonne partie des calories issues de l’agriculture céréalière), et à tout un tas d’adaptations du même genre. Une sorte d’optimisation.

Et puis surtout, on ne parle toujours que de calories.

La quantité n’est pas la qualité : avoir une ration calorique suffisante, ça n’est pas l’assurance de n’avoir aucune carence. C’est un raccourci douteux. Rien n’indique donc que l’on puisse nourrir correctement et sainement douze milliards de personnes avec la production actuelle.

 

 

« En 2014, plus d’un tiers des céréales produites dans le monde étaient destinées à nourrir… nos élevages. »

https://is.gd/pTaefF

J’en parlais justement au-dessus, tiens.

La source est le même rapport de De Schutter.

Je n’ai pas d’avis sur la question. La lecture de cette partie du rapport me montre que la question est complexe. En tout cas, la vidéo fait un raccourci : si on ne peut pas nourrir ces fameux 12 milliards de personnes en pratique, c’est « en partie une question de régime alimentaire », mais aussi en raison d’un important gaspillage. Exit la notion de ration calorique dont parle De Schutter dans l’interview, et donc exit la prise en considération des besoins qualitatifs.

 

« D’après la FAO, 1,6 milliards de tonnes de nourriture seraient perdues chaque année. »

https://is.gd/AZggxx

La source est donc un rapport de la FAO (l’organisation des Nations unies pour l’alimentation et l’agriculture).

Je chipote : 1,6 milliard de tonnes de gaspillages de produits issus de l’agriculture, mais 1,3 milliard si on ne compte que la partie comestible de la production agricole.

Peu importe. Le chiffre est vrai. Et c’est un vrai bon gros problème.

 

« En Grande-Bretagne par exemple, 30 % des légumes ne sont tout simplement pas récoltés car ils ne correspondent pas aux « standards » du marché. »

https://is.gd/2LIjoK

La source : un document estampillé Groupe des Verts/ALE au Parlement européen. C’est donc une source politique, basée sur d’autres documents (ils ne produisent pas leurs propres chiffres). Il faut signaler que la source partisane, mais ce n’est pas le plus important : dans le document, cette affirmation n’est pas sourcée…

Quand on se penche sur la question, on remarque que même si la plupart des études s’accordent à dire qu’un tiers de la production est perdue, il s’agit pas de légumes non ramassés : il s’agit surtout de pertes dites « post-récoltes » (notamment lié à la conservation des denrées), y compris au gaspillage à domicile[1].

Donc l’idée que 30 % des légumes ne soient même pas récoltés car jugés non conformes est tout simplement fausse.

À ma connaissance (mais là c’est personnel) tout est récolté, et la sélection des produits conformes ne survient qu’après, par calibrage et inspection visuelle. Je ne suis pas certain qu’il reste des produits sur pieds dans la réalité. D’ailleurs, n’allez pas imaginer que les producteurs et les industriels sont des imbéciles : une tomate non conforme aux standards de beauté fait une toute aussi bonne sauce tomate qu’une autre. Alors gâcher pour cette unique raison paraît douteux (là encore, c’est personnel : je n’y connais pas grand-chose).

 

« En 1940, une calorie d’énergie fossile permettait de produire 2,3 calories de nourriture. En 2014, il faut dépenser plus de 7 calories d’énergie pour produire une calorie de nourriture. »

https://is.gd/2LIjoK + https://is.gd/HJe3f4

Source 1 : un document estampillé « Groupe des Verts/ALE au Parlement européen ».

Source 2 : un article de Reporterre (sous-titré « le quotidien de l’écologie »).

Peu importe : la véritable source est un article de R. Heimberg et M. Bomford[2].

calories-depensees-pour-une-calorie-de-nourriture

Je vous ai mis le graphique de répartition de ces 7,3 calories. Il ne me paraît pas choquant. J’aimerais trouver l’article original et le lire avant d’en dire plus, mais j’ai du mal à imaginer comment ils faisaient 20 fois mieux en 1940…

Je note néanmoins que l’article a l’air de parler de calories d’énergie fossile. Dans un tel contexte, doit-on comprendre que cette augmentation est simplement le remplacement d’une énergie par une autre ?

 

« En France, le niveau d’endettement des agriculteurs est passé de 57 900 euros en 1980 à 159 700 euros en 2010. 175% d’augmentation ! »

https://is.gd/XHXy7R

La source est Agreste, qui dépend du ministère de l’Agriculture, de l’Agroalimentaire et de la Forêt. Ce qui semble fiable.

Mais le document dit aussi ceci :

  • « La progression du niveau d’endettement des exploitations observée depuis une trentaine d’années accompagne celle de leur taille. »
  • « Un peu plus des deux tiers de l’endettement est constitué de dettes à long ou à moyen terme qui financent les investissements. »

Honnêtement, je ne sais pas si les agriculteurs sont plus, moins, au aussi pauvres qu’avant. Mais je sais que le niveau d’endettement n’est pas un indicateur de pauvreté. En l’occurrence, cet endettement est en grand partie lié à des investissements.

D’ailleurs, imaginons la chose autrement : vous achetez une maison à 1 million d’euros. Vous contractez donc un prêt. Êtes-vous plus pauvre ? Non, car malgré cette dette de 1 M€, vous possédez une maison de 1 M€.

Pour les agriculteurs, on peut toujours imaginer que cet investissement (une dette destiné à acheter du matériel) permet d’accroître leur productivité, et donc leur rentabilité. Et que l’achat de matériel, de terrain, la construction de bâtiments, la restauration d’infrastructures, etc., ne revient pas à s’appauvrir, mais au contraire à se développer.

Je n’en sais rien. L’auteur de la vidéo non plus, j’imagine.

Pour déterminer l’appauvrissement (ou l’enrichissement, ou la stagnation, qui sait) des agriculteurs, pourquoi ne pas avoir montré l’évolution de leurs revenus indexée sur l’inflation ? Par exemple. Ou un autre indicateur quelconque ayant du sens.

 

 

« En 2013, en Europe, les exploitations supérieures à 100 hectares représentaient à peine 3 % de l’ensemble des fermes et pourtant elles s’étendaient sur la moitié des terres agricoles européennes ».

https://is.gd/Eqijfx + https://is.gd/LF4SZ3

Je ne vois pas bien le problème avec cette répartition de la taille des exploitations.

Je passe.

 

« Du coup, les agriculteurs disparaissent. En France, entre 1955 et 2010, leur nombre est passé de 2 millions à 500 000. Une simple division par 4 ».

https://is.gd/lgIw7L + https://is.gd/NSYzdf

C’est quoi ce « du coup » ? Quel est le lien de cause à effet entre l’information précédente et celle-ci ? (En sachant qu’il n’y a aucune phrase entre les deux dans la vidéo.)

Et puis en quoi est-ce un problème ?

Je veux dire, c’est bien le concept même de civilisation : améliorer la productivité de manière à diminuer la proportion de personnes nécessaires à l’alimentation de tous. Passer d’un stade où chacun doit trouver sa propre nourriture à un stade où un minimum de personnes nourrissent une population dévouée à d’autres tâches.

La diminution du nombre d’agriculteurs est-il un problème en soit ? Non. D’ailleurs, si on pouvait s’en passer complètement, ça ne serait pas plus mal, dans le fond.

 

« Et ceux qui restent se sont appauvris. Entre 1960 et 2004, le volume de production agricole a doublé mais le revenu net réel des entreprises agricoles a diminué de 56 %. »

https://is.gd/NSYzdf

Je n’ai aucune idée de ce que signifie concrètement « revenu net réel des entreprises agricoles » (RNEA). Vous nous plus, j’imagine ?

Le rapport qui sert de source dit ceci :

« Globalement, le revenu net d’entreprise agricole (RNEA) a diminué en termes réels de 56 % entre « 1960 » et « 2004 », cette baisse intervenant surtout depuis 1973 (graphique 7). Néanmoins le revenu moyen par actif non salarié dans l’agriculture a progressé sur la même période de 88 %[3]. »

Bon. J’ai trouvé un document[4] qui, lui, parle de « résultat agricole net par actif en terme réel » (soit apparemment la même chose que le RNEA mais rapporté au nombre de travailleurs). Et là, pareil, ça augmente.

Alors quoi ? Si le RNEA baisse, cela ne semble pas signifier que les agriculteurs s’appauvrissent.

On balance un chiffre, un qui baisse, sans expliquer ce que c’est, et manifestement c’est à côté de la plaque.

Si moi, malgré quelques recherches, je n’y comprends rien, imaginez le spectateur de la vidéo. Qui ne retiendra donc qu’une chose : les agriculteurs sont de plus en plus pauvres : leur revenu a baissé de 56 %. Ce qui n’est pas le cas, ce 56 % couvrant une notion peu claire et globale.

Quoi qu’il en soit, je le répète, je ne sais pas par ailleurs comment évolue le niveau de vie des agriculteurs en France. Et s’il baisse, la vidéo aurait raison mais avec de mauvais arguments (et ça, ça compte pas).

 

« En 2003 l’Europe adopte une directive sur les agro-carburants (…). Objectif, 2 % d’utilisation en 2005 et 5,75 % en 2010. »

https://is.gd/AJbY3V + https://is.gd/DvvnX6

 

 

« Selon la commission Européenne, entre 2003 et 2008, 6,6 millions d’hectares de terres arables ont été cultivées pour alimenter… nos moteurs. »

https://is.gd/111XYK + https://is.gd/JsvQ7m

 

« Entre 2000 et 2006, les importations européennes d’huile de palme ont doublé. »

https://is.gd/111XYK
 

« Ces agro-carburants ont aussi joué un rôle important dans la crise alimentaire mondiale de 2008. D’après une étude de la Banque Mondiale, entre 2002 et 2008, le prix des denrées alimentaires a augmenté de 140%. 75% de cette hausse serait imputable aux agro-carburants. »

https://is.gd/5Wx1dj + https://is.gd/YvP5R0
 

« Aujourd’hui, la terre est un objet de spéculation. En Roumanie par exemple, entre 2002 et 2015, la valeur de l’hectare a été multipliée par 25 ».

https://is.gd/lCdIaq + https://is.gd/yBd9gb

J’aime ce « par exemple ». Comme si c’était un exemple pris au hasard et représentatif de ce qui se passe n’importe où ailleurs.

 

« De quoi attiser les appétits. 7 à 8 % des terres arables du pays – l’équivalent de 12 000 fermes françaises – seraient déjà aux mains d’investisseurs étrangers. »

https://is.gd/hmJEut + https://is.gd/rctE9P

 

 

« Depuis 2011, la banque hollandaise Rabobank a acquis 21 000 hectares de terres agricoles en Pologne et en Roumanie. Elle espère bien les revendre d’ici 10 ou 15 ans en multipliant son prix par trois. »

https://is.gd/yBd9gb + https://is.gd/rctE9P

 

 

« En 50 ans, notre agriculture est devenue une machine mondialisée. Et qu’importe les 15 % d’émission de CO2 dont le secteur est responsable ou les 10 millions de tonnes de phosphore en plus chaque année dans les océans. »

https://is.gd/pTaefF

La source est le rapport de De Schutter.

Là, le problème est surtout celui de l’interprétation.

Que l’agriculture soit responsable de 15 % des émissions de gaz à effet de serre (CO2, certes, mais le rapport parle d’abord de CH4 et N2O, sans vouloir chipoter), qu’est-ce que ça veut dire ? Là, j’ai le chiffre sous les yeux et du temps pour y réfléchir, mais je ne vois pas en quoi c’est mal ou bien. Le dégagement de gaz à effet de serre est un problème, mais ce n’est pas un problème spécifique à l’agriculture et celle-ci n’en est pas la principale source. Alors j’en fais quoi, de ce chiffre ?

Bon, et pour le phosphore, je pense être comme vous tous : je n’ai aucune idée de ce que représente 10 millions de tonnes de phosphore en plus par an dans les océans. La vidéo ne l’explique pas. Mais en tout cas ça fait peur.

 

« Entre 1900 et 2000, la FAO estime que 75 % de la diversité des cultures mondiales a été perdue. »

https://is.gd/YOwd9Y

 

 

« Désormais, si rien ne bouge, la productivité agricole pourrait baisser de 2% en moyenne tous les 10 ans. »

https://is.gd/pTaefF

Bon, c’est encore l’ami De Schutter. Ou plutôt une de ses sources, l’étude de G. C. Nelson et al., Climate Change: Impact on Agriculture and Costs of Adaptation (International Food Policy Research Institute, 2009).

 

 

« Mais les choses changent. Une « Déclaration des droits des paysannes et des paysans » est actuellement en négociation à l’ONU. »

https://is.gd/eD84SJ + https://is.gd/zvSiVS + https://is.gd/YymLUk

Je ne sais pas bien l’intérêt de cette déclaration, et surtout sa valeur concrète. On dirait un peu une ouverture d’optimisme après un épisode très pessimiste, l’idée étant que « agriculture intensive = caca » et que « agriculture paysane = solution ».

Bon, j’exagère. Mais quand même.

 

 

Conclusion.

Je note une bonne évolution de la qualité des sources, par rapport à des vidéos plus anciennes. Il faut reconnaître cela.

Mais je ne peux pas m’empêcher de souligner ceci : tirer ses informations de rapports produits par des organismes dignes de confiance, ça ne suffit pas.

En l’occurrence, les informations sont mal utilisées, puisque souvent mal comprises ou sorties de leur contexte, et le tout sert encore une fois une idéologie. Et c’est bien cela, le problème. Des données brutes, je le dis et le répète, ne sont pas un gage d’objectivité et d’impartialité.

La rapidité du défilement des informations empêche aussi le spectateur de réfléchir, ce qui est dommage. Le matraquage de données brutes détruit partiellement la possibilité de regard critique.

 


[1] Le rapport de Olivier de Schuffer mentionne par exemple cette étude (détail que l’auteur de la vidéo aurait pu voir) : J. Gustavsson et al., Global Food Losses and Food Waste: Extent, Causes and Prevention (FAO, 2011).

[2] Heinberg R, Bomford M. 2009. The Food and Farming Transition: Toward a Post-Carbon Food System. Post Carbon Institute, Sebastopol, USA.

[3] C’est moi qui met en gras la dernière phrase.

[4] http://agreste.agriculture.gouv.fr/IMG/pdf_Gaf11p043-047-055.pdf

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1 réflexion sur « Datagueule et l’agriculture : revue critique »

  1. Je n’ai rien trouvé dans les rapports du FAO, mais dans le document des Verts, l’une des sources proches de la phrase qui dit que 30% des légumes ne sont pas récoltés est un livre de Carolyn Steel intitulé « Hungry City: How Food Shapes Our Lives ». (Livre abondamment cité dans le document des Verts.) Or cette auteur est britannique, donc ça vient peut-être de là.

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