Stop Mensonge et la chimiothérapie

Le site Stop Mensonge, on s’en rend vite compte, rejette par principe la médecine conventionnelle et ne vente que les mérites de pratiques médicales infondées mais décrites comme naturelles.

Un exemple particulièrement frappant est celui de la chimiothérapie.

Je ne compte pas évoquer ces traitements en eux-mêmes, j’aimerais juste mettre en évidence la façon dont le site fonctionne.

 

« Les gens meurent de Chimio, jamais du cancer lui-même ! », … Le Ras-le-Bol d’un professeur de Médecine américain !

Cliquez ici pour lire cet article.

Sous ce titre pas le moins du monde racoleur, on nous présente le professeur Jones, médecin reconnu et professeur d’université, qui affirme après 25 ans de recherche que la chimiothérapie ne fonctionne pas.

Je note juste ici un point : le terme « chimiothérapie » s’appliquant à presque tous les traitements médicamenteux des cancers, affirmer que cela ne fonctionne pas revient à dire qu’aucun traitement actuel n’est efficace. Pas moins.

En tout cas, ce professeur est catégorique.

Sauf qu’il y a un couac : Hardin B. Jones, « ancien professeur de physique et de physiologie médicale et exerçant le métier de médecin à Berkley » (dixit l’article), est mort en 1978… Et son étude sur la chimiothérapie date de 1956…

Soixante ans plus tard, est-il crédible de faire appel à ce médecin ?

Je pense que non. La médecine a énormément évolué depuis.

En tout cas, à la lecture de l’article, on croit que cet homme est vivant et vient tout juste de faire cette déclaration (ce qui est donc tout à fait faux). Et là est surtout le problème, je pense.

Et d’ailleurs, si Jones est mort, qui est l’homme apparaissant dans l’article et dans la vidéo, qu’un lecteur inattentif aura pris pour ce « professeur de médecine américain » ?

Il s’agit de Peter Glidden. Bien vivant, lui, et farouchement opposé à la chimiothérapie lui aussi.

 

Quelle crédibilité accorder à Peter Glidden ?

Le fameux Dr Peter Glidden, lorsqu’on se penche un peu sur lui, est un être étonnant.

Déjà, il faut aller sur des sites en anglais pour en apprendre un peu plus.

Il se présente comme « Dr Peter Glidden ND ». Ce qui surprendra le lecteur habitué aux habitudes anglosaxonnes.

En effet : dans le monde anglo-saxon, il y a deux types de doctorat : les doctorats de médecine (qui accorde le titre de MD, pour medical doctor) et les doctorats de science (qui accorde le titre de PhD, pour philosophical doctor, terme historique qui n’a plus rien à voir avec la philosophie). À noter qu’on peut tout à fait être les deux.

Mais Peter Glidden, lui, est « ND ».

Après recherche, cela signifie naturopathic doctor.

Sur son site, Glidden se targue en effet d’un « Doctoral Degree in Naturopathic Medicine » acquis à la Bastyr University en 1991. Cette université ne semble délivrer que des diplômes de médecine alternative, et ne semble pas jouir d’une grande considération.

Glidden n’affiche aucun autre diplôme de doctorat.

Quelle est la valeur de ce doctorat ?

Pas grande. Il n’est qu’assez peu reconnu par les institutions, et ne permet pas de travailler en tant que médecin. Il s’obtient en quatre ans.

 

Vous avez-dit conflit d’intérêt ?

Le docteur Glidden accuse de mercantilisme les médecins, mais lui-même propose une boutique bien fournie. Il vend des livres, des CD, des DVD, et même des t-shirts.

Lorsqu’il critique les chimiothérapies, c’est pour vendre ses propres remèdes derrière.

Cela n’est pas une preuve, mais mérite d’être noté.

 

Reprenons.

Le titre dit « Le Ras-le-Bol d’un professeur de Médecine américain ! ».

L’homme mis en avant tout au long de l’article, en réalité, c’est Glidden (c’est lui sur la photo, sur la vidéo, même si tout au long du texte on nous vend un profil qui est celui de Jones).

Glidden est américain, certes.

Il n’est pas véritablement médecin, en tout cas pas au sens où on l’entend dans la phrase (le titre sous-entend qu’il s’agit d’un médecin qui appartenait au système et qui le critique en toute connaissance de cause, ce qui n’est pas le cas).

Et professeur, en tout cas, il ne l’est certainement pas. D’ailleurs, lui-même ne s’est jamais présenté sous ce titre.

Le titre est donc trompeur. En fait, il s’agit d’un naturopathe convaincu n’ayant jamais pratiqué la médecine conventionnelle.

Il ne s’agit pas du « ras-le-bol d’un professeur de médecine » (confusion avec Jones) mais d’une tribune offerte à une personne ayant des partis pris évident.

 

Comment en arrive-t-on là ?

Écrire un article de ce genre, c’est très fort. Comment ont-ils fait pour en arriver là ?

Il serait long de remonter la longue lignée d’articles qui se copient les uns les autres, mais notons que le même site a déjà fourni deux articles sur le même sujet.

http://stopmensonges.com/big-pharma-la-chimiotherapie-ne-fonctionne-pas-dans-97-des-cas

Où l’on retrouve Peter Glidden, cette fois sans mention d’un quelconque professeur. L’article accumule les poncifs habituels.

http://stopmensonges.com/horrible-un-professeur-de-berkeley-les-gens-ne-meurent-pas-du-cancer-mais-de-la-chimiotherapie

Un article sur le professeur Jones, qui lui ne présente pas Peter Glidden, mais oublie quand même de préciser que le professeur est mort depuis des décennies.

L’article dont j’ai parlé ici semble être la collision aberrante entre les deux.

 

Conclusion.

Stop Mensonge fait très fort dans cet article.

Ressortant d’entre les morts un médecin, et entretenant la confusion avec un naturopathe, le site nous livre ici des articles de mauvaise qualité, remplis d’erreurs plus que grossières, et qui n’a au final aucune crédibilité.

Stop Mensonge fournit deux autres articles instructifs sur la chimiothérapie. L’un comparant son efficacité avec une molécule issu du gingembre gingembre, l’autre avec l’extrait de racine de pissenlit.

Celui sur le gingembre est le plus intéressant. À partir d’une étude encore un peu isolée, ils affirment que le shogaol (présent dans le gingembre) est plus efficace que le Taxol. D’une part il est un peu tôt pour conclure quoi que ce soit au sujet du shogaol, d’autre part l’auteur n’a apparemment pas conscience du fait que le Taxol est une substance naturelle, extrait de l’if (un arbre). Je l’évoquais déjà dans un précédent article : la plupart des chimiothérapies sont d’origine naturelle. En tout cas, l’auteur tente de diaboliser une chimiothérapie chimique malsaine au profit d’un traitement naturel bénéfique, alors qu’il aurait dû vérifier au moins ça : les deux sont naturels, les deux sont toxiques.

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Les biais en médecine : la régression à la moyenne.

Ce petit article inaugure une série sur le sujet des biais en médecine, et notamment dans la recherche médicale.

Lorsque l’on évalue un traitement, il est important de bien connaître les biais méthodologiques qui peuvent mener à surestimer l’effet de ce traitement. Il existe de nombreux biais statistiques qui, si on ne fait pas attention, peuvent complétement fausser les données, améliorant voire créant des résultats en apparence solides.

Ce premier article a pour sujet la régression à la moyenne, qui est un effet qui peut mener à croire en la forte efficacité d’un médicament qui n’en a pourtant peu voire aucun.

Continuer à lire … « Les biais en médecine : la régression à la moyenne. »

Détecter un cancer avec votre téléphone portable.

J’aime lire ce que la presse grand public nous balance sur les sujets de santé. Les journalismes ont un don pour être à côté de la plaque.

Mercredi 27 juillet, le portail Yahoo! (qui agrège des articles publiés partout sur Internet) nous a proposé un article sobrement intitulé : « Détecter un cancer sera bientôt plus facile ».

Habituel titre racoleur et non informatif.

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Datagueule : manipulations et alarmisme.

« Si vous n’êtes pas malade, c’est que vous ne le savez pas encore. »

Voilà comment commence l’épisode. Le ton est donné.

 

Dans cet article, je ne souhaite pas reprendre point par point les chiffres avancés. La plupart sont corrects, là n’est pas la question. Ce qui pose un véritable problème, c’est d’une part la façon dont ils sont présentés, et d’autre part l’interprétation qui en est faite.

Continuer à lire … « Datagueule : manipulations et alarmisme. »

Chérie, je pars en forêt cueillir la chimiothérapie pour mon cancer !

De nombreux patients craignent la chimiothérapie. Et plus globalement tous les effets néfastes des traitements anticancéreux, qui sont souvent assez bien connus du grand public.

À juste titre, puisque les effets secondaires, quoi que bien moins importants qu’auparavant[1], restent un vrai problème. Ceux qui les dérangent le plus ne sont d’ailleurs pas forcément les plus dangereux : les patients appréhendent surtout les nausées & vomissements, la chute des cheveux, la fatigue. C’est ça qu’ils vivent au quotidien, et ce que leur entourage voit, mais il y a aussi (plus tardivement et plus insidieusement) une toxicité vis-à-vis des organes nobles, notamment cœur et reins (organes vitaux s’il en est). Et le classique mais néanmoins ironique cancer secondaire, induit par le traitement anticancéreux…

Mais ceci n’est pas le sujet de cet article.

On comprend alors, en voyant l’état de délabrement dans lequel certains patients cancéreux finissent, que certaines personnes aient peur de ces traitements, et qu’elles essayent de se tourner vers d’autres solutions, si possible au moins aussi efficaces mais sans effets secondaires.

Ces gens-là accusent les chimiothérapies et les radiothérapies d’être inefficaces et délétères, et se tournent vers la nature, la spiritualité.

Mais ceci n’est pas non plus le sujet de cet article.

Je reviendrai un jour sur les traitements dits « alternatifs » au cancer. Ces traitements « non chimiques, sans effets secondaires, et bien plus efficaces que toutes ses saloperies que les laboratoires nous refilent pour se faire du fric ». Ces sujets-là méritent notre intérêt puisqu’ils tuent des patients.

Mais alors, quel est le sujet de cet article ?

Le voilà : si l’on se penche sur ces « affreuses chimiothérapie » qui rien que dans leur nom montrent bien qu’elles ne sont que des produits chimiques (donc toxiques), on se rend compte qu’il y a quelques problèmes.

1er problème : affirmer que ce qui est naturel est bon et ce qui est synthétique est mauvais est une vision naïve et fausse de la réalité.

2e problème : distinguer ce qui serait « naturel » et ce qui serait « chimique » n’a aucun sens et n’est d’ailleurs pas possible en pratique.

3e problème : parmi les substances de chimiothérapie, certaines peuvent se cueillir en forêt, et sont donc sans l’ombre d’un doute parfaitement naturelles.

 

Les alcaloïdes de la pervenche.

La pervenche de Madagascar (Catharanthus roseus), jolie fleur mauve malgache, contient de très nombreux alcaloïdes. De ses feuilles, on peut ainsi par exemple extraire la vinblastine et la vincristine, puissants poisons du fuseau mitotique. Ces poisons, utilisés à la bonne dose et associés à d’autres molécules, peuvent traiter certains cancers (par exemple le myélome ou le lymphome).

À noter que les quantités de vincristine et de vinblastine sont très faibles, et la production de traitements nécessite donc beaucoup de feuilles. Qu’à cela ne tienne ! La catharanthine et la  vindoline, précurseurs naturels de ces substances, sont présentes en assez grande quantité dans les feuilles, et l’on peut donc, à partir d’elles, former plus de produits actifs.

 

Les taxanes.

Vous connaissez peut-être l’if, un arbre courant en Europe et en Amérique du Nord, qui a cette particularité d’être particulièrement toxique. Les propriétaires de chevaux savent qu’il ne faut pas attacher un cheval à proximité d’un if, de peur qu’il n’en mange les épines et ne meurt.

Parmi toutes les substances toxiques que contient l’if de l’Ouest (Taxus brevifolia, présent en Amérique du Nord), il y a le paclitaxel, présent dans l’écorce.

Extrait, il est utilisé dans certains cancers (par exemple du sein). Il s’agit également d’un poison du fuseau mitotique.

Les quantités nécessaires à la médecine n’étant pas vraiment compatibles avec le nombre d’ifs de l’Ouest et son délai de maturité, on a cependant découvert dans les feuilles un autre produit similaire, le docétaxel.

 

Autres exemples.

Les anthracyclines : ces substances sont naturellement produites par des bactéries du genre Streptomyces[2].

La bléomycine : également produite par des bactéries du genre Streptomyces.

Étoposide : pas directement extrait d’une plante, c’est tout de même un dérivé de la podophyllotoxine qui est produite par une herbacée du genre Podophyllum.

 

Je m’arrête là. À côté de cela, il existe d’autres substances de chimiothérapie qui sont effectivement des produits synthétiques obtenus en laboratoire sans la moindre inspiration naturelle.

Mais tout de même : certaines chimio sont parfaitement naturelles. On peut même parler de phytothérapie. Certains patients ne reçoivent ainsi que des extraits naturels de plantes.

C’est surtout le terme de « chimiothérapie » qui fait peur. Il y a « chimique » dedans. Mais en réalité, le terme désigne, à la base, tout traitement par des substances[3], par opposition à des traitements par des rayons X (radiothérapie), par des cures thermales (balnéothérapie), etc.

 

Conclusion.

Il faut d’abord le dire, la nature a fourni à l’Homme la quasi-totalité des traitements médicamenteux qu’il utilise. Presque toutes les molécules utilisées en médecine sont naturelles ou sont des dérivés de produits naturels.

Les molécules issues de la chimie pure sont rares. Et ce ne sont pas les plus toxiques, loin de là.

Pour tout vous dire, les poisons les plus puissants que l’on connaisse sont tous parfaitement naturels : toxine botulique, cyanure, amatoxines, etc., toutes ses choses-là ne sont pas des inventions mais des découvertes de l’Homme.

La nature est une inépuisable source de traitement, y compris pour la fameuse « médecine conventionnelle » à qui on reproche de ne pas être naturelle. Encore aujourd’hui, de nombreuses recherches portent sur des composés issus du monde animal ou du monde végétal.

En fait, la seule chose qui, bien souvent, distingue ces traitements des traitements dits « naturels », ce sont les méthodes de production, industrielles et non pas artisanales. Mais l’avantage de la production industrielle est tout même une production plus importante et surtout un contrôle précis des quantités et une grande pureté des produits finis.

En fait, la différence, c’est qu’en buvant une tisane de plantes, on ne sait absolument pas quelle quantité de principe actif on ingurgite, et on ne sait absolument pas quelles autres substances l’accompagnent.

 

[1] La radiothérapie en est le meilleur exemple : l’utilisation de rayons de haute énergie (plus pénétrants) puis la conformation 3D (permettant un meilleur ciblage) ont permis de réduire drastiquement les mutilantes lésions cutanées qui étaient presque systématique dans, par exemple, le traitement du cancer du sein. Il en va de même pour la chimiothérapie : des produits de moins en moins toxiques, mais aussi de plus en plus efficaces (ce qui permet de réduire les doses, et donc les effets secondaires).

[2] Pour rappel, la quasi-totalité des antibiotiques nous ont été fournis par des bactéries ou par leurs ennemis naturels, les champignons microscopiques.

[3] Le terme est encore actuellement employé dans ce sens en psychiatrie.

Manifeste : Pour une médecine efficace.

L’objectif de la médecine est de vivre mieux et plus longtemps.

En cela, on constate déjà une amélioration par rapport aux siècles précédents. Les progrès d’hygiène et de thérapeutique ont permis un allongement notable de l’espérance de vie, et (plus important encore), une amélioration notable de la qualité de vie.

Le plus grand progrès de la médecine, disons le plus flagrant, a été celui de la mortalité infantile.

Deux siècles en arrière, un enfant sur cinq meurt avant l’âge d’un an. Environ 20 %.

Actuellement en France, c’est 0,35 % (selon l’Insee).

Il est nécessaire que les progrès continuent. De nombreuses choses restent à faire. La grande victoire du XXe siècle a été la lutte contre les infections, qui s’est considérablement améliorée. Mais la raréfaction du nombre d’infection, et la diminution de leur gravité, a laissé la place à d’autres maladies, et notamment les maladies cardio-vasculaires qui sont le grand mal moderne.

 

Médecine conventionnelle et médecines alternatives.

La médecine, c’est simplement un ensemble de méthodes permettant de maintenir ou de restaurer la santé.

On définit souvent une médecine conventionnelle et des médecines dites « alternatives », « non-conventionnelles », « douces », ou plus récemment « complémentaires ».

De nombreux médecins préfèrent le terme de « médecines complémentaires », qui signifie bien que ces techniques ne se substituent pas à la médecine conventionnelle et s’y ajoutent simplement.

J’irai plus loin : pour moi, la distinction n’a aucun sens.

Il n’existe ni médecine conventionnelle ni médecine non-conventionnelles.

Il n’existe qu’une médecine : la médecine.

Il existe un ensemble de méthodes permettant de maintenir ou de restaurer la santé. Si une technique permet effectivement de maintenir ou de restaurer la santé, c’est de la médecine. Si une technique est inefficace pour cet objectif, ça n’en est pas.

C’est aussi simple que cela : si cela fonctionne, c’est de la médecine ; si cela ne fonctionne pas, c’est bon à jeter. Faire des distinctions n’est pas pertinent et n’apporte rien.

D’ailleurs, cette séparation (souvent assez nette, en pratique) est essentiellement due aux pratiquants des médecines dites alternatives eux-mêmes. Puisque leur fonds de commerce consiste souvent à se placer en opposition à la médecine conventionnelle, ils font tout pour s’en détacher. Ils lui donnent même des noms d’exclusion : médecine occidentale (par opposition aux pratiques traditionnelles asiatiques), allopathique (par opposition à l’homéopathie, et parfois même par opposition à toutes les pratiques non conventionnelles), ou encore orthodoxe, chimique, etc.

Si les pratiquants des médecines dites alternatives se disent souvent rejetés par les médecins « orthodoxes », force est de constater que bien souvent le rejet des pratiques conventionnelles est très forts de leur part.

Les principales critiques qu’ils font à la médecine conventionnelle, c’est qu’elle ne serait pas naturelle, et qu’elle serait toxique (voire pire que le mal qu’elle souhaite combattre).

Que la médecine conventionnelle ne soit pas naturelle, c’est en grande partie faux et dans tous les cas sans importance. Il n’existe aucune définition claire entre ce qui est artificiel et ce qui est naturel, et de toute façon ce qui compte, ce sont les résultats.

Qu’elle soit toxique, c’est le cas. Aucun traitement n’est parfaitement anodin et bénin. Il existe toujours des effets secondaires, et il faut faire avec. La seule chose qui compte, c’est d’en avoir conscience et de choisir le meilleur. C’est la fameuse balance bénéfice-risque : même s’il existe des effets secondaires, un traitement peut être une solution « moins pire » que la maladie. De la même manière qu’amputer une jambe cause un handicap sérieux mais peux sauver une vie en cas d’infection ou de traumatisme grave, eh bien un médicament peut avoir des effets secondaires importants mais guérir une maladie mortelle.

Il faut savoir faire la part des choses et choisir le meilleur pour le patient. Ça n’est pas toujours facile.

 

Limites de certaines pratiques non conventionnelles.

Il serait faux d’affirmer (par exemple) que « l’homéopathie, ça ne marche pas ». Il faut même le dire : ça fonctionne. La question n’est pas là.

En fait, il y a deux questions quand on s’intéresse à une pratique médicale : quelles sont ses possibilités et quelles sont ses limites ?

Reprenons l’exemple de l’homéopathie. Les faits sont catégoriques : elle n’a aucun effet propre. Ses seuls effets sont des effets non spécifiques (le fameux effet placebo mais aussi d’autres effets contextuels).

Pour autant, on ne peut pas dire que ces effets non spécifiques ne sont pas intéressants. Si un patient enrhumé prend un granulé d’homéopathie, il guérira.

Certes, il guérira aussi s’il n’en prend pas. Le granulé ne réduira pas l’intensité des symptômes ou la durée du rhume. Mais prendre ce granulé, c’est quand même « faire quelque chose » : il est parfois rassurant (plutôt que de ne rien faire et d’attendre que ça passe) de faire quelque chose, de se donner l’impression d’avoir un semblant d’emprise sur sa maladie.

Et puis il ne faut pas oublier l’effet placebo lui-même (un peu comme le « bisou magique » qui guérit les bobos des enfants).

Tout cela fait que les patients qui prennent de l’homéopathie en sont très contents.

D’ailleurs, beaucoup de pharmaciens et de médecins conseillent à leurs patients de l’homéopathie alors qu’eux-mêmes savent pertinemment que cela n’aura aucun effet spécifique. Le plus souvent, l’argument invoqué et que cela détourne le patient de médicaments pas plus utiles mais plus néfastes (si le patient est très demandeur, il risque, sans bénéfice franc, de prendre des médicaments ayant des effets, donc des effets secondaires).

Certes, ces intérêts sont minimes et ne fonctionnent que pour des maladies bénignes (il est hors de question de traiter un cancer à l’homéopathie, ou alors parallèlement à un vrai traitement anti-cancéreux), mais si les patients aiment ça, après tout, pourquoi le leur refuser ?

Le plus important, c’est de connaître les limites de ces traitements. De savoir ce qu’ils ne peuvent pas faire.

Le reste, c’est de l’enrobage.

 

 

Les risques des traitements inefficaces.

La santé est un sujet sérieux.

Vendre de l’espoir à des malades incurables avec des traitements inefficaces est un acte grave.

Détourner les patients d’un traitement efficace est un acte encore plus grave.

Et pourtant, cela se voit tous les jours.

Et le pire, c’est que les promoteurs de ce genre de traitements sont parfaitement convaincus d’avoir raisons. Ce ne sont pas des charlatans qui tentent de se faire de l’argent (ou en tout cas rarement). Ce sont des individus convaincus des bienfaits de leurs traitements, et qui entraînent d’autres personnes dans leur idéologie. Il y a parfois des morts, ou des handicaps graves, à cause de traitements inefficaces. Cela n’est évidemment pas tolérable.

Un des exemples les plus souvent cités est celui des patients cancéreux qui arrêtent leur chimiothérapie pour se soigner avec des plantes. Mais les chimiothérapies ont fait la preuve de leur efficacité. Elles sont certes toxiques, mais donnent de bons résultats. Les huiles essentielles n’ont généralement aucun effet secondaire, c’est certain, mais elles sont sans effet sur le cancer.

Cette fuite vers des traitements hasardeux est en partie liée aux forts effets secondaires des traitements anti-cancéreux, mais en partie aussi à des théories douteuses sur les maladies, et donc des traitements.

Mais il est important, quelle que soit la maladie, de ne pas prendre de traitements nocifs ou inefficaces, ou pire de se détourner de traitements efficaces pour cela.

 

 

Les risques des traitements efficaces.

Il est également bon de connaître les limites des traitements réellement efficaces. Tous les traitements qui ont des effets ont aussi des effets secondaires. Il n’existe aucune exception : les seuls médicaments ou traitements non médicamenteux qui n’ont aucun effet secondaire n’ont aucun effet tout court.

Mais ces effets secondaires ne sont pas systématiques et pas forcément graves.

Mais cela existe. Et ces effets secondaires ne doivent pas détourner les patients de ces traitements, comme c’est souvent le cas. La principale raison pour laquelle les patients arrêtent un traitement, ce sont les effets secondaires.

Les chimiothérapies anti-cancéreuses sont nocives pour l’organisme : perte de cheveux, nausées, mais aussi d’autres effets plus graves. Mais est-ce si grave ? Elles permettent aux patients de vivre plus longtemps et d’avoir une meilleure qualité de vie.

Les vaccins ne sont pas toujours parfaitement efficaces et peuvent causer certains effets délétères (surtout chez certains patients à risques comme les femmes enceintes et les immunodéprimés). Est-ce si grave ? De nombreuses épidémies sont évitées grâce à eux. Les vaccins ont évité des millions de morts, et encore plus de séquelles handicapantes (on en parle moins, mais la mort n’est pas la seule conséquence néfaste des maladies, et empêcher une personne de finir plus ou moins lourdement handicapée physiquement ou mentalement est très important).

 

Comment évaluer les traitements ?

Savoir si un traitement est efficace ou non est assez simple en théorie, plus complexe en pratique.

Mais déjà, il faut abandonner l’idée des témoignages. Qu’il existe des gens très satisfaits d’un traitement n’est en aucun cas une preuve d’efficacité.

Comme dirait l’autre, les morts ne témoignent pas.

Si un site Internet vante les mérites d’un traitement à base d’herbes chinoises pour soigner les problèmes de rein, et ce grâce à une succession de témoins qui affirment qu’ils se sentent beaucoup mieux depuis qu’ils ont arrêtés leur traitement habituel pour essayer ce remède miracle, alors il faut se méfier. Cela ne constitue pas une preuve.

Imaginons qu’une centaine de personnes essayent ce traitement. Mettons que cinquante meurent rapidement. Mettons qu’en raison d’une aggravation, trente abandonnent et retournent chez leur médecin. Alors il reste vingt personnes bien contentes qui peuvent s’extasier sur le site Internet que le traitement fonctionne merveilleusement bien. Quant aux trente qui ont abandonnés, il est peu probable qu’elles prennent la peine de se plaindre sur le site.

Résultat : un traitement dangereux paraît miraculeux.

Ceci est caricatural, mais est en fait très représentatif de ce qui se passe.

Alors comment faire ? Il faut déjà être exhaustif : se contenter, comme sur le site Internet que je viens d’imaginer, des témoignages spontanés, n’est pas fiable. La preuve : on laisse de côté tous ceux qui sont morts.

Il faut donc suivre les patients jusqu’au bout pour avoir une vision globale des choses.

Ensuite, un traitement doit être comparé : on ne peut pas se contenter de donner le traitement à tous les patients et de voir ce qui se passe. Sinon, il est fort à parier que tous les traitements du monde paraîtraient efficaces contre le rhume avec un taux de succès de 100 %.

Non : il faut comparer ce traitement à un autre traitement, ou à rien. En faisant deux groupes de patients tirés au sort (pour éviter de donner le traitement à des patients initialement moins malades et donc surestimer son efficacité). On peut ainsi, à l’aide d’outils statistiques, déterminer si le traitement testé est efficace, ou s’il est meilleur que l’autre.

Ceci est absolument nécessaire. Il faut prouver l’efficacité d’un traitement : la santé des gens est en jeu. Et il faut le faire avec rigueur.

En plus de l’efficacité, il faut tester pour chaque traitement sa sécurité. Certains traitements sont dangereux. Si cette dangerosité vaut le coup par rapport à son efficacité, il peut être utile. Mais s’il est plus dangereux qu’efficace, il est à bannir.

Et ceci doit non seulement être fait pour chaque traitement, mais également être répété autant de fois qu’il existe de maladies à traiter.

Un traitement n’est pas bon en soi : il est bon pour une maladie donnée. Il peut éventuellement être bon pour d’autres maladies, ou au contraire être néfastes pour d’autre maladie. La panacée n’existe pas, et il faut donc s’assurer que le traitement est utilisé pour un problème de santé où il est efficace.

Ainsi, ce qui soigne une infection pulmonaire ne soignera pas forcément une infection urinaire.

Ainsi, ce qui soigne un cancer du sein ne soignera pas forcément un cancer de l’estomac.

Si quelqu’un affirme que son traitement miracle est efficace pour tout, il doit pouvoir le prouver.

Par exemple, il est tentant de penser que la morphine, qui est un antidouleur très puisant, agit sur tous les types de douleurs, quelle qu’en soit la cause et la localisation.

Pas de chance, elle n’est quasiment pas efficace sur les douleurs neuropathiques, qui nécessitent des traitements complètement différents.

C’est comme ça : tout à ses limites, et il faut les connaître.

 

Conclusion.

Je détaillerai tout cela dans mes articles.

Je parlerai beaucoup des médecines dites alternatives, qu’elles fonctionnent ou qu’elles ne fonctionnent pas. Je parlerai aussi du rejet de la médecine moderne, notamment des vaccins et des traitements anticancéreux.