Stop Mensonge joue à la science : L’effet Dumas.

Média se disant « alternatif », Stop Mensonge est plus vraisemblablement une collection d’articles souvent plagiés, souvent infondés, qui véhiculent une idéologie bien précise au détriment du sérieux et de la vérification de l’information.

À travers quelques exemples, j’aimerais montrer ici, ce qui est aussi valable pour bien d’autres médias de la même mouvance, à quel point Stop Mensonge n’est pas une source d’information fiable.

Et ne me faites pas dire ce que je n’ai pas dit : dans bien des cas, les articles sont originaux, et non plagiés. Et tout ceci est assumé par le site, et généralement accepté par les autres sites sur lesquels le contenu et copié.

Quoi qu’il en soit, cet article-ci est un plagiat.

 

Début de l’article.

Passage obligé de tout ce qui touche à l’énergie sur les médias comme Stop Mensonge, l’article débute par une citation de Nikola Tesla.

Il y aurait beaucoup à dire sur Tesla, et encore plus sur le fantasme qu’il est devenu pour certains, son histoire ayant déformé par le temps et par l’enthousiasme.

Mais notez dès maintenant qu’une référence au génie précurseur de Tesla est assez mauvais signe…

Bref.

L’article rappelle que, deux ans plus tôt, un Ardéchois, Jean-Christophe Dumas, a conçu une machine capable de fournir un rendement de 116 %. C’est-à-dire pas moins qu’un moteur capable de fournir plus d’énergie que ce qu’on lui apporte, et donc de créer de toute pièce de l’énergie.

En plus du fait que ceci violerait nos connaissances en physique (et mériterait donc des preuves solides), on constate que c’est en grande partie du flanc. Déjà à l’époque, de nombreux doutes s’étaient élevés.

Je ne reviendrai pas dessus en détail, de nombreux articles l’ont fait, comme celui-ci.

Résumons : il y a deux ans, Dumas a affirmé avoir inventé une machine à créer de l’énergie. De sérieux doutes existent au sujet de cette invention. Et cet article tente de faire un bilan, deux ans après les faits.

Je note dès à présent qu’à l’époque, Dumas (et c’est tout à son honneur) avait expliqué ne pas vouloir tirer profit de sa découverte mais plutôt la léguer à l’humanité, et avait publié en ligne tous les plans nécessaires à la création de sa machine.

Malgré ça, aucune réplication sérieuse n’a à ce jour été réalisée…

Et pour une fois, on ne peut pas accuser les lobbys pétroliers de vouloir camoufler quelque chose qui les dérangent : les plans sont disponibles, aisés d’emploi, et pourtant les tentatives de réplication de l’expérience de Dumas sont jusque-là des échecs.

En tout cas, malgré des plans en « open source », rien ne semble avoir été fait en deux ans (ce que l’article n’évoque pas, évidemment, puisque la parole n’est donné qu’à Dumas lui-même). Si le moteur fonctionne, pourquoi, après deux ans, n’y a-t-il pas encore de résultats concrets ?

En tout cas, l’auteur tente ensuite d’expliquer ce rendement supérieur à 116 %.

 

L’effet Casimir.

L’article, pour expliquer le phénomène, évoque un physicien qui aurait « prédit l’existence d’un réservoir infinie d’énergie dans le vide ». Pas moins.

L’effet Casimir est un effet reconnu de physique, prédit par Hendrik Casimir et vérifié expérimentalement par la suite.

À aucun moment l’effet Casimir n’a de lien avec l’effet Dumas. Le seul objectif est de faire appel à des notions crédibles de physique pour asseoir une théorie infondée.

L’existence de l’effet Casimir ne permet pas de produire de l’énergie à partir du vide. Mais cette aura de physique quantique est un argument qui fait sérieux, et qui permet de ne pas donner l’impression que l’effet Dumas tient de la magie.

Mais précisons un peu tout cela.

L’effet Casimir est le fait que dans le vide complet, deux plaques parallèles parfaitement conductrices s’attirent. Elles n’ont a priori aucune raison de s’attirer en l’absence d’énergie, mais l’effet a, comme je l’ai dit, été vérifié expérimentalement.

Alors comment l’expliquer ?

Simplement, le vide ne possède en moyenne aucune énergie. Mais des fluctuations quantiques perturbent malgré tout ce vide, de sorte que les deux plaques sont plus fortement attirées que repoussées l’une part l’autre.

Peut-on extraire de l’énergie de tout cela ?

Non : il s’agit, comme je le disais, d’une fluctuation locale du vide, qui garde cependant une énergie globalement nulle. L’effet Casimir ne permet donc pas d’expliquer la production d’énergie à partir de rien.

Cela ne veut pas dire que c’est impossible de le faire, bien sûr. Mais en tout cas, faire référence à cet effet n’est que de la poudre aux yeux, c’est insuffisant pour expliquer l’effet Dumas si celui-ci existait bel et bien.

 

En pratique.

En théorie, donc, rien n’indique que l’effet Dumas puisse exister. Mais je vous l’accorde : ce ne serait pas la première fois que quelque chose d’inexplicable par la science moderne est constaté dans les faits.

C’est un peu ça, la science. Parfois, on constate de manière reproductible un phénomène qui en théorie ne devrait pas être tel qu’il est.

Est-ce le cas ici ?

Jusque-là, en tout cas, rien ne vient l’étayer. Seul Dumas et ses amis ont réussis à faire marcher un moteur à effet Dumas, et Youtube regorge de vidéos de réplications ayant ratées.

 

La tour de Wardenclyffe.

Cet article passe ensuite à un autre sujet que l’effet Dumas. On ne sait pas trop pourquoi.

Pour vous mettre dans le contexte, Tesla a créée, au début du XXe siècle, une tour de transmission d’information et d’énergie sans fil. Elle n’a jamais fonctionnée.

L’article évoque ici Leonid Plekhanov et Sergey Plekhanov, deux russes convaincus que Tesla avait raison dans ses théories, et que les techniques et matériaux modernes permettront de réussir là où il avait échoué. Ils veulent donc fabriquer une tour Tesla pour créer de l’énergie à bas coût, et lèvent des fonds pour cela.

Ce que l’article oublie de préciser, c’est qu’au moment de la publication, le projet est déjà tombé à l’eau depuis près de deux ans.

Détail.

Je n’en dirai pas plus, l’objectif de ce paragraphe est uniquement de montrer des informations depuis longtemps périmées et qui circulent toujours.

 

Le Flux Liner.

La dernière partie de cet article patch-work concerne un engin breveté par Tesla, sans lien une fois encore avec l’effet Dumas. L’article n’est pas très clair, mais on croit comprendre qu’il s’agit d’un vaisseau capable de se mouvoir à l’aide d’énergie reçue sans fil depuis une source distane.

L’extrait de brevet ne parle absolument pas d’engin volant, en tout cas. Et une fois encore, malgré des brevets disponibles, la machine n’a manifestement jamais existé pour de vrai.

 

La vidéo.

L’article, c’est le point central, présente une vidéo dans laquelle Dumas fait le bilan des deux dernières années, et tente d’expliquer son fameux effet.

Je n’évoquerai que certains points.

Dans la vidéo, Dumas tente d’expliquer son effet. Il évoque notamment le phénomène de cavitation.

On voit mal ce que la cavitation vient faire là, mais c’est là encore un phénomène bien réel, alors ça fait sérieux.

Dumas parle donc de sonochimie, s’étonnant que son appareil puisse transformer une substance chimique en une autre (ce qui, personnellement, ne m’étonne pas puisqu’on fait quand même passer un courant électrique, donc de l’énergie, et que cela se produirait que son effet existe ou pas, et n’est donc une preuve de rien).

Il évoque ensuite un laboratoire israélien (sans plus de précision) qui aurait confirmé son rendement supérieur à 100 %, preuve invérifiable. Un peu plus tard, est abordé l’éternel rengaine sur les industriels qui tentent de garder leur monopole.

Dumas revient ensuite sur ses explications. Il affirme sans hésitation que la cavitation est une réaction nucléaire, et plus particulièrement une fusion froide.

Bon, c’est complètement faux, mais on n’est plus à ça prêt. Il affirme aussi, et là c’est encore mieux, que le phénomène de cavitation de sa machine créé des gaz rares par nucléosynthèse. Notez dans l’extrait la grande quantité de termes techniques qui servent surtout à enfumer, puisque le propos est faux même s’il en bien enrobé. En tout cas, et là il reconnaît ne pas avoir de preuve, des gaz rares seraient produit par un phénomène de fusion froide au cours du processus.

Ce qui est fabuleux, c’est donc que sa machine qui est censée produire de l’énergie à partir du vide (c’est déjà très fort) est en plus de cela est capable (sauf erreur de ma part cette idée n’était pas présente à l’origine) de produire cette énergie grâce à un procédé de fusion froide dans les produits sont des gaz rares.

Globalement, rien de tout cela n’est très crédible. Stop Mensonge, et cela fait partie de son idéologie, propage ce genre de choses les yeux fermés. L’esprit critique de ses auteurs, quoi que bien développé, ne s’applique qu’aux idées qui leur déplaisent.

J’ajoute une dernière chose : rien n’est vérifiable dans la vidéo, puisque tous les noms de personnes ou de laboratoires cités dans la vidéo sont bipés, et qu’aucune publication des résultats ne semble avoir été faite nulle part.

 

Conclusion.

Je ne veux pas donner l’impression de généraliser à partir d’un exemple. Affirmer que le site Stop Mensonge diffuse des absurdités en sélectionnant quelques articles peut paraître spéculatif.

Mais déjà, cet article-là montre bien le sérieux du site : un plagiat en patch-work accumulant les erreurs. Et beaucoup d’autres articles sont du même acabit, il suffit d’en lire quelques-uns pour s’en rendre compte.

Dans bien des cas, quelques rapides recherches permettent de se rendre compte de cela. Recherches qui ne sont manifestement pas faites par les auteurs, qui se contentent de reprendre des informations qui leur plaisent sans les vérifier.