Le fantôme de Palerme.

Aujourd’hui, j’aimerais vous parler d’une des plus formidables histoires de fantômes que je connaisse.

Il s’agit ni plus ni moins que de l’histoire du fantôme d’une nonne qui apparaissait toute les nuits sans exception à la fenêtre d’un clocher en Italie. Il y a eu des centaines de témoins.

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Le flux de conversion-déconversion.

Ce petit article est essentiellement une réflexion de ma part, sans prétention aucune.

Il s’agit d’un petit outil pour évaluer les capacités d’une théorie à convaincre.

J’aimerais aborder ici une idée dont il faut cependant bien comprendre les limites : je ne dis pas qu’il est possible de séparer le bon grain de l’ivraie avec ceci. C’est un outil, amusant et parfois intéressant, mais limité.

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Chérie, je pars en forêt cueillir la chimiothérapie pour mon cancer !

De nombreux patients craignent la chimiothérapie. Et plus globalement tous les effets néfastes des traitements anticancéreux, qui sont souvent assez bien connus du grand public.

À juste titre, puisque les effets secondaires, quoi que bien moins importants qu’auparavant[1], restent un vrai problème. Ceux qui les dérangent le plus ne sont d’ailleurs pas forcément les plus dangereux : les patients appréhendent surtout les nausées & vomissements, la chute des cheveux, la fatigue. C’est ça qu’ils vivent au quotidien, et ce que leur entourage voit, mais il y a aussi (plus tardivement et plus insidieusement) une toxicité vis-à-vis des organes nobles, notamment cœur et reins (organes vitaux s’il en est). Et le classique mais néanmoins ironique cancer secondaire, induit par le traitement anticancéreux…

Mais ceci n’est pas le sujet de cet article.

On comprend alors, en voyant l’état de délabrement dans lequel certains patients cancéreux finissent, que certaines personnes aient peur de ces traitements, et qu’elles essayent de se tourner vers d’autres solutions, si possible au moins aussi efficaces mais sans effets secondaires.

Ces gens-là accusent les chimiothérapies et les radiothérapies d’être inefficaces et délétères, et se tournent vers la nature, la spiritualité.

Mais ceci n’est pas non plus le sujet de cet article.

Je reviendrai un jour sur les traitements dits « alternatifs » au cancer. Ces traitements « non chimiques, sans effets secondaires, et bien plus efficaces que toutes ses saloperies que les laboratoires nous refilent pour se faire du fric ». Ces sujets-là méritent notre intérêt puisqu’ils tuent des patients.

Mais alors, quel est le sujet de cet article ?

Le voilà : si l’on se penche sur ces « affreuses chimiothérapie » qui rien que dans leur nom montrent bien qu’elles ne sont que des produits chimiques (donc toxiques), on se rend compte qu’il y a quelques problèmes.

1er problème : affirmer que ce qui est naturel est bon et ce qui est synthétique est mauvais est une vision naïve et fausse de la réalité.

2e problème : distinguer ce qui serait « naturel » et ce qui serait « chimique » n’a aucun sens et n’est d’ailleurs pas possible en pratique.

3e problème : parmi les substances de chimiothérapie, certaines peuvent se cueillir en forêt, et sont donc sans l’ombre d’un doute parfaitement naturelles.

 

Les alcaloïdes de la pervenche.

La pervenche de Madagascar (Catharanthus roseus), jolie fleur mauve malgache, contient de très nombreux alcaloïdes. De ses feuilles, on peut ainsi par exemple extraire la vinblastine et la vincristine, puissants poisons du fuseau mitotique. Ces poisons, utilisés à la bonne dose et associés à d’autres molécules, peuvent traiter certains cancers (par exemple le myélome ou le lymphome).

À noter que les quantités de vincristine et de vinblastine sont très faibles, et la production de traitements nécessite donc beaucoup de feuilles. Qu’à cela ne tienne ! La catharanthine et la  vindoline, précurseurs naturels de ces substances, sont présentes en assez grande quantité dans les feuilles, et l’on peut donc, à partir d’elles, former plus de produits actifs.

 

Les taxanes.

Vous connaissez peut-être l’if, un arbre courant en Europe et en Amérique du Nord, qui a cette particularité d’être particulièrement toxique. Les propriétaires de chevaux savent qu’il ne faut pas attacher un cheval à proximité d’un if, de peur qu’il n’en mange les épines et ne meurt.

Parmi toutes les substances toxiques que contient l’if de l’Ouest (Taxus brevifolia, présent en Amérique du Nord), il y a le paclitaxel, présent dans l’écorce.

Extrait, il est utilisé dans certains cancers (par exemple du sein). Il s’agit également d’un poison du fuseau mitotique.

Les quantités nécessaires à la médecine n’étant pas vraiment compatibles avec le nombre d’ifs de l’Ouest et son délai de maturité, on a cependant découvert dans les feuilles un autre produit similaire, le docétaxel.

 

Autres exemples.

Les anthracyclines : ces substances sont naturellement produites par des bactéries du genre Streptomyces[2].

La bléomycine : également produite par des bactéries du genre Streptomyces.

Étoposide : pas directement extrait d’une plante, c’est tout de même un dérivé de la podophyllotoxine qui est produite par une herbacée du genre Podophyllum.

 

Je m’arrête là. À côté de cela, il existe d’autres substances de chimiothérapie qui sont effectivement des produits synthétiques obtenus en laboratoire sans la moindre inspiration naturelle.

Mais tout de même : certaines chimio sont parfaitement naturelles. On peut même parler de phytothérapie. Certains patients ne reçoivent ainsi que des extraits naturels de plantes.

C’est surtout le terme de « chimiothérapie » qui fait peur. Il y a « chimique » dedans. Mais en réalité, le terme désigne, à la base, tout traitement par des substances[3], par opposition à des traitements par des rayons X (radiothérapie), par des cures thermales (balnéothérapie), etc.

 

Conclusion.

Il faut d’abord le dire, la nature a fourni à l’Homme la quasi-totalité des traitements médicamenteux qu’il utilise. Presque toutes les molécules utilisées en médecine sont naturelles ou sont des dérivés de produits naturels.

Les molécules issues de la chimie pure sont rares. Et ce ne sont pas les plus toxiques, loin de là.

Pour tout vous dire, les poisons les plus puissants que l’on connaisse sont tous parfaitement naturels : toxine botulique, cyanure, amatoxines, etc., toutes ses choses-là ne sont pas des inventions mais des découvertes de l’Homme.

La nature est une inépuisable source de traitement, y compris pour la fameuse « médecine conventionnelle » à qui on reproche de ne pas être naturelle. Encore aujourd’hui, de nombreuses recherches portent sur des composés issus du monde animal ou du monde végétal.

En fait, la seule chose qui, bien souvent, distingue ces traitements des traitements dits « naturels », ce sont les méthodes de production, industrielles et non pas artisanales. Mais l’avantage de la production industrielle est tout même une production plus importante et surtout un contrôle précis des quantités et une grande pureté des produits finis.

En fait, la différence, c’est qu’en buvant une tisane de plantes, on ne sait absolument pas quelle quantité de principe actif on ingurgite, et on ne sait absolument pas quelles autres substances l’accompagnent.

 

[1] La radiothérapie en est le meilleur exemple : l’utilisation de rayons de haute énergie (plus pénétrants) puis la conformation 3D (permettant un meilleur ciblage) ont permis de réduire drastiquement les mutilantes lésions cutanées qui étaient presque systématique dans, par exemple, le traitement du cancer du sein. Il en va de même pour la chimiothérapie : des produits de moins en moins toxiques, mais aussi de plus en plus efficaces (ce qui permet de réduire les doses, et donc les effets secondaires).

[2] Pour rappel, la quasi-totalité des antibiotiques nous ont été fournis par des bactéries ou par leurs ennemis naturels, les champignons microscopiques.

[3] Le terme est encore actuellement employé dans ce sens en psychiatrie.

Une contradiction biblique : la mort de Judas Iscariote.

Il y a de nombreux passages erronés, contradictoires ou simplement douteux dans la Bible. Mais bien souvent, ce sont de petits détails, de petites subtilités. Ici, j’aimerais détailler une contradiction flagrante. Une des contradictions les plus manifestes.

Mais, avant toute chose, rappelons-nous que la Bible est une compilation : ce n’est pas un texte uni, c’est simplement le rassemblement de textes variés choisis parmi un très grand nombre de textes similaires lors du Concile de Rome en 382. Et le choix ne s’est fait que sur des critères théologiques (avec une élimination, notamment, des textes gnostiques), sans considération des aspects historiques. Ces textes, parfois, sont parallèles ; par exemples, les quatre évangiles dépeignent tous la vie de Jésus. Il est donc possible d’y trouver des passages en commun, et il est possible qu’il y ait alors des contradictions.

 

Deux récits très différents.

Ici, je m’intéresse à la mort de Judas Iscariote. Deux passages l’évoquent :

  • L’Évangile selon Matthieu (27:3 à 27:10)
  • Les Actes des apôtres (1:15 à 1:19)

Ces deux textes n’ont rien en commun.

 

3 Alors Judas, qui l’avait livré, voyant que Jésus avait été condamné, fut pris de remords et rapporta les trente pièces d’argent aux grands prêtres et aux anciens, 4 en disant : « J’ai péché en livrant un sang innocent. » Mais ils dirent : « Que nous importe ! C’est ton affaire ! »

5 Alors il se retira, en jetant l’argent du côté du sanctuaire, et alla se pendre. 6 Les grands prêtres prirent l’argent et dirent : « Il n’est pas permis de le verser au trésor, puisque c’est le prix du sang. » 7 Après avoir tenu conseil, ils achetèrent avec cette somme le champ du potier pour la sépulture des étrangers. 8 Voilà pourquoi jusqu’à maintenant ce champ est appelé : “Champ du sang”.

9 Alors s’accomplit ce qui avait été dit par le prophète Jérémie : Et ils prirent les trente pièces d’argent : c’est le prix de celui qui fut évalué, de celui qu’ont évalué les fils d’Israël. 10 Et ils les donnèrent pour le champ du potier, ainsi que le Seigneur me l’avait ordonné.

Évangile selon Matthieu (27:3 à 27:10)

15 En ces jours-là, Pierre se leva au milieu des frères – il y avait là, réuni, un groupe d’environ cent vingt personnes – et il déclara :

16 « Frères, il fallait que s’accomplisse ce que l’Esprit Saint avait annoncé dans l’Écriture, par la bouche de David, à propos de Judas devenu le guide de ceux qui ont arrêté Jésus. 17 Il était de notre nombre et avait reçu sa part de notre service. 18 Or cet homme, avec le salaire de son iniquité, avait acheté une terre : il est tombé en avant, s’est ouvert par le milieu, et ses entrailles se sont toutes répandues. 19 Tous les habitants de Jérusalem l’ont appris : aussi cette terre a-t-elle été appelée, dans leur langue, Hakeldama, c’est-à-dire Terre de sang. [»]

Actes des apôtres (1:15 à 1:19)

 

Il s’agit ici de la Traduction œcuménique de la Bible (TOB), édition 2010. Je travaille habituellement avec l’ancienne édition Segond, néanmoins. Pour ceux qui sont rebutés par le manque de fluidité de ces traductions, il existe aussi une version bien plus accessible : la Bible en français courant. Et pour les adeptes des traductions ultra-littérales, essayez la version Chouraqui.

 En somme, chez Matthieu :

  • Judas, pris de remord, donne l’argent de la trahison aux prêtres.
  • Il se suicide ensuite par pendaison.
  • Les prêtres, avec l’argent, achètent un champ.

Et dans les Actes :

  • Judas, avec l’argent de la trahison achète un champ.
  • Judas, dans son champ, meurt d’une mauvaise chute.

 

Deux questions se posent à la lecture de ces deux récits :

  • Comment Judas est-il mort : en se pendant ou en faisant une mauvaise chute ?
  • Qu’est devenu l’argent de la trahison, et qui a acheté le champ : Judas ou les prêtres ?

Comment concilier ces deux textes, si contradictoires ?

Le peut-on ?

Le doit-on ?

 

La mort de Judas : suicide ou accident ?

Lorsque l’on se penche sur cette question, on remarque que des commentateurs bibliques (souvent de mauvaise foi et qui lisent rarement le grec ancien) avancent diverses hypothèses pour concilier les deux récits. Je vous résume ici les solutions les plus souvent avancées :

  • Solution no1 : Judas a voulu se pendre à un arbre dominant un précipice de la vallée du Hinnom, mais la corde s’est rompue (ou la branche a cassée) et il est tombé, se brisant la colonne et rependant ses entrailles.
  • Solution no2 : Judas s’est pendu, et quelque temps après, son ventre (rempli de gaz et fragilisé par la putréfaction des chairs) éclata, répandant ses entrailles.

À la lecture de ces commentaires, il semble que ces deux récits, franchement contradictoires, puissent paraître logiques et complémentaires à certains. Mais avec une telle approche, on peut faire des choses extraordinaires, et concilier n’importes quelles histoires contradictoires. C’est une démarche qui nécessite de bien vouloir y croire par avance.

Revenons un peu plus en détail sur ces commentaires, et pour cela voyons un peu le texte en grec.

Le terme πρηνὴς (prênếs), qui n’est utilisé nulle part ailleurs dans la Bible, est traduit de diverses manières mais signifie « tomber ». Nos amis essayent ici de nous faire croire que lors de sa pendaison, la corde ou la branche aurait cassée, faisant choir Judas (avant ou bien après sa mort, peu importe).

Si l’on se penche sur ce terme, on constate cependant qu’il contient une subtilité en plus de la notion de chute. Le terme signifie « tomber en avant », « tomber tête la première ». Il y a cette notion supplémentaire de chute en avant. Ce qui va très mal avec la possibilité d’une corde ou d’une branche qui cède.

Quant à l’idée que la phrase « il est tombé en avant, s’est ouvert par le milieu, et ses entrailles se sont toutes répandues » puisse signifier, en dehors de tout contexte, qu’un corps de pendu en putréfaction a déversé des entrailles au sol en se décrochant… eh bien cela demande un effort d’imagination certain. S’il s’était pendu, pourquoi cela n’aurait pas été mentionné ? Et s’il était déjà en train de pourrir, pourquoi n’aurait-il pas été mentionné que lors de sa chute il était déjà mort depuis des jours et des jours ?

 

 

L’achat du champ : par Judas ou par les prêtres ?

Pour ce qui est du champ, la plupart des commentateurs disent à peu de chose près : en fait, quand il est dit « Cet homme, ayant acquis un champ avec le salaire du crime », il faut comprendre « Cet homme, avec l’argent duquel on a acheté un champ ». Il y a une sorte de transfert, de sorte que l’on attribue l’achat du champ à Judas parce que cela a été fait avec son argent.

Là encore, il faut être par avance convaincu pour accepter une telle approche…

Dans le détail, il y a en fait deux écoles, avec de petites variantes :

  • Solution no 1 : le champ a tout simplement été acheté par les prêtres. « Judas ayant acheté un champ » doit alors être compris comme « un champ a été acheté via l’argent de Judas qu’il avait rendu » (un peu comme si c’était lui qui l’avait acheté). Mais il faut tordre le texte à un point inimaginable pour y arriver (au mépris de toute traduction sensée).
  • Idée no 2 : le champ a été acheté deux fois (une fois par Judas, et une fois par les prêtres). Dans ce cas, deux variantes sont données :
    • Judas achète le champ avec la récompense ; mais il éprouve des remords, et apporte aux prêtres l’équivalent de la somme qu’il avait reçu (trente pièces d’argents d’une origine non précisée qui remplacent celles déjà dépensée). Ensuite les prêtres rachètent le même champ avec cette somme.
    • Ayant déjà donné l’argent de la dénonciation aux prêtres, Judas achète le champ avec ses propres fonds, et là encore les prêtres arrivent dans un second temps pour acheter le même champ.

Je vous laisse juger de la crédibilité de ces différentes tentatives de conciliation.

Ici, l’analyse du texte grec apporte une information : le nom du terrain.

Chez Matthieu : Ἀγρὸς Αἵματος (Agrós Haímatos), le « Champ du Sang ».

Dans les Actes : Ἀκελδαμά (Akeldamá), soit en araméen Haqèl-Dema, le « Terrain du Sang ».

Bien que le terme ne soit pas exactement le même, il semblerait qu’il s’agisse bien du même champ dans les deux textes. De fait, si l’on accepte la solution 2, alors le même champ a bel et bien été acheté deux fois. Ce qui, là encore, ne va pas bien avec les deux récits… Là encore, donc, pour concilier les deux textes, il faut complexifier lourdement le déroulement des événements. Et on s’écarte donc de beaucoup du texte, de cette façon.

 

 

La mort de Judas : des informations masquées.

La Bible contient un grand nombre de contradictions manifestes (en fait, dès que deux textes abordent un même événement, il y en a). Tenter de nier ses contradictions et conciliant les apparentes différences revient à s’exposer à douter de tous les passages pour lesquels il n’existe qu’une référence.

Je m’explique : considérer deux passages très différents comme complémentaires uniquement parce qu’ils ne sont pas directement contradictoires, cela revient à considérer que l’un des deux (voire les deux) cachent des informations essentielles.

Ici, par exemple, les Actes cachent le fait que Judas s’est suicidé. Ça n’est pas rien.

Mais essayons un petit exercice de pensée pour illustrer ceci.

Prenons l’épisode de la femme adultère (le fameux « Que celui d’entre vous qui n’a jamais péché lui jette la première pierre ! ») ; il n’est abordé que par l’Évangile selon Jean. Est-ce que lorsqu’il est dit « Les maîtres de la loi et les Pharisiens lui amenèrent alors une femme qu’on avait surprise en train de commettre un adultère » on peut comprendre qu’en réalité, elle a couché avec un bouc ?

Car après tout, si un autre passage de la Bible relatait cet événement en décrivant une femme coupable d’avoir eu des relations charnelles avec un animal (contraires elles aussi à la loi de Moïse : Lévitique 18:23), il faudrait bien se résoudre à concilier les deux choses comme cela est fait pour la mort de Judas, et à affirmer qu’elle a trompé son mari avec un animal.

Vous trouvez cela ridicule ? Qu’on parle d’une femme adultère sans évoquer le fait qu’elle ait trompé son mari avec un bouc semble absurde : si ça avait le cas, cela aurait été mentionné.

Mais alors revenons à notre cas : que l’on parle de la mort de Judas sans évoquer une pendaison, cela n’est-il pas tout aussi absurde ? N’est-il pas absurde de parler uniquement d’une chute alors qu’elle est, prétendument, secondaire à un suicide par pendaison ?

En fait, croire cela revient à penser que tout ce qui n’est pas dit ou nié clairement par la Bible est malgré tout possible. S’il est possible que la chute soit secondaire à une pendaison qui n’est pas évoquée dans ce texte-là, alors il est possible que la femme adultère ait couché avec un bouc, même si cela n’est pas dit non plus.

Ce qui me paraît absurde, ici, c’est cette façon d’éliminer les contradictions en rendant le texte encore plus douteux.

 

L’achat du champ : une question d’interprétation.

Si l’on peut à loisir transformer « Judas a acheté un champ » en « Quelqu’un a acheté un champ avec l’argent de Judas », alors on peut tout faire dire à la Bible. S’il est possible d’interpréter un passage comme celui-ci de cette manière (c’est-à-dire dans un sens complétement différent de ce qui est véritablement écrit), alors c’est la porte ouverte à toutes les modifications imaginables.

Comment faire confiance à un passage donné si la phrase « Judas a acheté un champ » signifie en réalité « Quelqu’un a acheté un champ avec l’argent de Judas » ? Comment accorder le moindre crédit à une phrase quelconque du livre alors que l’on sait que certains passages offrent un sens allégorique de cet acabit ?

La Bible est censée être claire : elle doit offrir un message le plus limpide possible. Pour concilier les deux récits, les commentateurs sont obligés d’affirmer qu’un des passages est littéral, et que l’autre est allégorique. Mais il est ici évident que si Matthieu n’avait rien dit, les commentateurs auraient acceptés le texte des Actes et auraient donc accepté que Judas se soit lui-même acheté un champ avec le salaire de son crime, et qu’il y soit mort accidentellement.

Alors vient une question : quel est l’intérêt de la Bible si chaque passage doit être interprété de la bonne manière pour être compris ? Si un élément aussi simple qu’un achat de champ nécessite de recouper différents récits pour être compris, alors le texte est éminemment douteux…

Car c’est là que le bât blesse : pour éliminer les contradictions de la Bible (qui jettent le discrédit sur l’ensemble du livre), la seule méthode consiste souvent à déformer le propos de telle manière que cela jette encore plus le discrédit sur l’ensemble du livre. Il y a énormément d’exemples de ce type, et les commentateurs qui distordent le texte pour éliminer les contradictions et erreurs de tout genre, en réalité, corrompent encore plus son sens puisqu’il s’agit d’une négation catégorique de la simplicité et de la clarté du message.

 

 

 

Et si l’on acceptait les conciliations proposées ?

Qu’un individu décrive la pendaison de Judas en disant « il tomba la tête la première, son corps éclata par le milieu et tous ses intestins se répandirent », on peut l’admettre ; essayons en tout cas. Imaginons que les deux textes soient effectivement vrais, qu’ils soient complémentaires.

Les Actes des apôtres rapportent l’événement d’un suicide par pendaison sans évoquer la pendaison et en le narrant comme s’il était accidentel. Soit.

Alors une chose est sûre : un tel témoin est un très mauvais témoin. Décrire un suicide par pendaison d’une telle manière, c’est montrer son incompétence totale à rapporter des faits de manière simple et pertinente.

Donc voilà un nouveau problème : affirmer qu’il n’y a pas de contradictions entre deux récits différents, c’est affirmer que les deux témoins font preuve d’une grande médiocrité lorsqu’ils rapportent des faits ou des propos (ce qui est pourtant l’objectif des Évangiles et des Actes des apôtres). Et cela jette donc le doute sur tout le reste du texte, dont chaque passage aurait ainsi pu être rapporté d’une manière approximative. L’intégralité des évangiles et des autres textes sont donc des témoignages de mauvaise facture auxquels on ne peut pas faire confiance.

N’est-ce pas pire, quelque part ?

 

 

Conclusion.

Pour éviter à l’avance toute remarque là-dessus, je note ceci : ces détails n’ont pas d’importance. La véritable foi chrétienne se moque bien de savoir si Judas s’est suicidé par culpabilité ou s’il est mort accidentellement (le crime ne payant jamais), et la véritable foi chrétienne se moque carrément de savoir qui a acheté le champ du potier. Non : ce qui compte, c’est le message de Jésus. C’est le message moral et théologique.

Mais ce message n’est lui-même pas fiable en l’état : si les témoins ne sont pas capables de décrire correctement un événement aussi simple que la mort d’un homme, comment pourraient-ils retranscrire de manière fiable la pensée de Jésus ? Comment croire en la parole biblique si les propos sont rapportés par de tels incompétents ?

Cela me paraît difficile.

Dans cet exemple, j’essaye de montrer quelque chose : la Bible n’est pas fiable. Elle n’est pas utilisable en l’état, puisqu’elle nécessite une lourde interprétation, et n’est pas entièrement cohérente puisqu’il existe des contradictions entre les différents textes qui la composent ou entre eux et les sources non chrétiennes.

Les tentatives de résolutions des contradictions, mêmes si elles sont parfois nécessaires au croyant (qui d’ailleurs se satisfait souvent d’explications aussi douteuses, voire plus, que celles données ici), sont peut-être pire que de concéder des erreurs.