Stop Mensonge et la chimiothérapie

Le site Stop Mensonge, on s’en rend vite compte, rejette par principe la médecine conventionnelle et ne vente que les mérites de pratiques médicales infondées mais décrites comme naturelles.

Un exemple particulièrement frappant est celui de la chimiothérapie.

Je ne compte pas évoquer ces traitements en eux-mêmes, j’aimerais juste mettre en évidence la façon dont le site fonctionne.

 

« Les gens meurent de Chimio, jamais du cancer lui-même ! », … Le Ras-le-Bol d’un professeur de Médecine américain !

Cliquez ici pour lire cet article.

Sous ce titre pas le moins du monde racoleur, on nous présente le professeur Jones, médecin reconnu et professeur d’université, qui affirme après 25 ans de recherche que la chimiothérapie ne fonctionne pas.

Je note juste ici un point : le terme « chimiothérapie » s’appliquant à presque tous les traitements médicamenteux des cancers, affirmer que cela ne fonctionne pas revient à dire qu’aucun traitement actuel n’est efficace. Pas moins.

En tout cas, ce professeur est catégorique.

Sauf qu’il y a un couac : Hardin B. Jones, « ancien professeur de physique et de physiologie médicale et exerçant le métier de médecin à Berkley » (dixit l’article), est mort en 1978… Et son étude sur la chimiothérapie date de 1956…

Soixante ans plus tard, est-il crédible de faire appel à ce médecin ?

Je pense que non. La médecine a énormément évolué depuis.

En tout cas, à la lecture de l’article, on croit que cet homme est vivant et vient tout juste de faire cette déclaration (ce qui est donc tout à fait faux). Et là est surtout le problème, je pense.

Et d’ailleurs, si Jones est mort, qui est l’homme apparaissant dans l’article et dans la vidéo, qu’un lecteur inattentif aura pris pour ce « professeur de médecine américain » ?

Il s’agit de Peter Glidden. Bien vivant, lui, et farouchement opposé à la chimiothérapie lui aussi.

 

Quelle crédibilité accorder à Peter Glidden ?

Le fameux Dr Peter Glidden, lorsqu’on se penche un peu sur lui, est un être étonnant.

Déjà, il faut aller sur des sites en anglais pour en apprendre un peu plus.

Il se présente comme « Dr Peter Glidden ND ». Ce qui surprendra le lecteur habitué aux habitudes anglosaxonnes.

En effet : dans le monde anglo-saxon, il y a deux types de doctorat : les doctorats de médecine (qui accorde le titre de MD, pour medical doctor) et les doctorats de science (qui accorde le titre de PhD, pour philosophical doctor, terme historique qui n’a plus rien à voir avec la philosophie). À noter qu’on peut tout à fait être les deux.

Mais Peter Glidden, lui, est « ND ».

Après recherche, cela signifie naturopathic doctor.

Sur son site, Glidden se targue en effet d’un « Doctoral Degree in Naturopathic Medicine » acquis à la Bastyr University en 1991. Cette université ne semble délivrer que des diplômes de médecine alternative, et ne semble pas jouir d’une grande considération.

Glidden n’affiche aucun autre diplôme de doctorat.

Quelle est la valeur de ce doctorat ?

Pas grande. Il n’est qu’assez peu reconnu par les institutions, et ne permet pas de travailler en tant que médecin. Il s’obtient en quatre ans.

 

Vous avez-dit conflit d’intérêt ?

Le docteur Glidden accuse de mercantilisme les médecins, mais lui-même propose une boutique bien fournie. Il vend des livres, des CD, des DVD, et même des t-shirts.

Lorsqu’il critique les chimiothérapies, c’est pour vendre ses propres remèdes derrière.

Cela n’est pas une preuve, mais mérite d’être noté.

 

Reprenons.

Le titre dit « Le Ras-le-Bol d’un professeur de Médecine américain ! ».

L’homme mis en avant tout au long de l’article, en réalité, c’est Glidden (c’est lui sur la photo, sur la vidéo, même si tout au long du texte on nous vend un profil qui est celui de Jones).

Glidden est américain, certes.

Il n’est pas véritablement médecin, en tout cas pas au sens où on l’entend dans la phrase (le titre sous-entend qu’il s’agit d’un médecin qui appartenait au système et qui le critique en toute connaissance de cause, ce qui n’est pas le cas).

Et professeur, en tout cas, il ne l’est certainement pas. D’ailleurs, lui-même ne s’est jamais présenté sous ce titre.

Le titre est donc trompeur. En fait, il s’agit d’un naturopathe convaincu n’ayant jamais pratiqué la médecine conventionnelle.

Il ne s’agit pas du « ras-le-bol d’un professeur de médecine » (confusion avec Jones) mais d’une tribune offerte à une personne ayant des partis pris évident.

 

Comment en arrive-t-on là ?

Écrire un article de ce genre, c’est très fort. Comment ont-ils fait pour en arriver là ?

Il serait long de remonter la longue lignée d’articles qui se copient les uns les autres, mais notons que le même site a déjà fourni deux articles sur le même sujet.

http://stopmensonges.com/big-pharma-la-chimiotherapie-ne-fonctionne-pas-dans-97-des-cas

Où l’on retrouve Peter Glidden, cette fois sans mention d’un quelconque professeur. L’article accumule les poncifs habituels.

http://stopmensonges.com/horrible-un-professeur-de-berkeley-les-gens-ne-meurent-pas-du-cancer-mais-de-la-chimiotherapie

Un article sur le professeur Jones, qui lui ne présente pas Peter Glidden, mais oublie quand même de préciser que le professeur est mort depuis des décennies.

L’article dont j’ai parlé ici semble être la collision aberrante entre les deux.

 

Conclusion.

Stop Mensonge fait très fort dans cet article.

Ressortant d’entre les morts un médecin, et entretenant la confusion avec un naturopathe, le site nous livre ici des articles de mauvaise qualité, remplis d’erreurs plus que grossières, et qui n’a au final aucune crédibilité.

Stop Mensonge fournit deux autres articles instructifs sur la chimiothérapie. L’un comparant son efficacité avec une molécule issu du gingembre gingembre, l’autre avec l’extrait de racine de pissenlit.

Celui sur le gingembre est le plus intéressant. À partir d’une étude encore un peu isolée, ils affirment que le shogaol (présent dans le gingembre) est plus efficace que le Taxol. D’une part il est un peu tôt pour conclure quoi que ce soit au sujet du shogaol, d’autre part l’auteur n’a apparemment pas conscience du fait que le Taxol est une substance naturelle, extrait de l’if (un arbre). Je l’évoquais déjà dans un précédent article : la plupart des chimiothérapies sont d’origine naturelle. En tout cas, l’auteur tente de diaboliser une chimiothérapie chimique malsaine au profit d’un traitement naturel bénéfique, alors qu’il aurait dû vérifier au moins ça : les deux sont naturels, les deux sont toxiques.

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Stop Mensonge et la main extra-terrestre

J’imagine que les récentes découvertes péruviennes n’ont échappés à personne. En tout cas à personne qui s’intéresse un peu à l’ufologie.

Le sujet est intéressant en soi, mais manque de chance, je ne l’aborderai ici que sous l’angle de Stop Mensonge, puisque ce qui m’intéresse ici, c’est sa façon d’aborder la chose. Qui à mon avis est très représentative des médias relayant ce genre d’informations, d’ailleurs.

Parlons surtout, parmi toutes les reliques mises au jour, de cette fameuse main extraterrestre.

Deux articles sur le sujet ont été publiés sur le site :

Déjà, on voit qu’ils n’ont absolument pas froid aux yeux : la main est extra-terrestre, et ça n’a pas l’air d’être une hypothèse : c’est balancé comme un fait.

Bon, peut-être qu’ils sont sûrs d’eux, et que l’article apportera du fond, du concret. Des preuves, quoi.

 

Premier article.

J’évacue tout de suite une chose : à aucun moment le premier article ne précise qui est ce « particulier » qui aurait retrouvé la main selon le titre. L’information est donc est peu tronquée, et manifestement sert surtout à bien appuyer sur le fait que la main n’a pas été retrouvée par une quelconque institution, ou par un quelconque archéologue officiel.

Je trouve la précision intéressante : qu’un particulier ait découvert cette main est avancé comme un argument. Stop Mensonge et les autres sites du même genre ont ce genre d’habitudes.

On apprend peu de chose sur le contexte de la découverte : en janvier 2016, dans le Sud du Pérou. L’article n’en dit pas plus[1].

Le premier article fournit ensuite des photos de la main (de bonne qualité), et un texte de description.

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Une phrase attire l’œil :

D’après certaines estimations de médecins, d’archéologues et d’anthropologues, cette main appartenait à un individu dont la taille s’élevait peut-être entre 2,70 m et un peu plus de 3,00 mètres…

On ne saura pas qui sont ces médecins, archéologues et anthropologues, et surtout sur la base de quoi ils affirment que l’individu mesurait entre 2,70 et 3,00 mètres (estimation qui de toute évidence vient de l’anglais, soit 9 à 10 pieds).

Une grande main ne signifie pas un grand corps : les orang-outangs en sont la preuve vivante parmi nos plus proches cousins.

Mais peu importe.

 

Deuxième article.

Ce deuxième article ne contient pas de texte, mais apporte des choses intéressante : une vidéo d’une dizaine de minutes, et des radiographies de la main.

La vidéo est étonnante. Une musique épique nous plonge directement dans une ambiance mystérieuse.

Ensuite, un homme en blouse blanche et gant de latex examine et décrit la main. Un autre homme, hors champ, est également présent.

Je ne comprends pas la langue, il n’y a pas de sous-titre, donc je ne comprends donc pas tout ce qui est dit. Des mots semblent revenir souvent, comme « articulations » et « fonction ».

Mais des doigts si longs et articulés sont-ils vraiment pratiques ? Je n’imagine pas une telle main capable de tenir quoi que ce soit. Mais ce n’est pas le sujet, je pense.

 

Aspect générale de la main.

J’ai vu beaucoup de mains de momie (en vrai ou en photo), qu’elles soient égyptienne ou non, qu’elles soient issues d’une momification naturelle ou d’une momification artificielle. Eh bien je n’en ai jamais vu une comme ça.

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Celle-là ressemble surtout à une main en plâtre.

En plus de la couleur et du grain, il faut bien constater que ça craquelle par endroit, et que certains reliefs des doigts ont un aspect moulés.

Cela ne prouve rien, bien sûr, mais déjà cette chose, de prime abord, ne me semble pas être bien crédible.

 

Radiographie de la main.

La radiographie de la main est édifiante. Les doigts sont des suites de phalanges manifestement  désappariées et disposées à la suite les unes des autres. La paume, elle, est un amas d’os cassés en vrac.

Je pense que si l’aspect extérieur de la main est douteux, la radiographie amène une certitude : il s’agit d’un faux.

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Certaines phalanges de sont de face, d’autres de profil… C’est particulièrement visible sur le doigt le plus haut sur l’image.

À y regarder de plus près, les trois dernières phalanges de chaque doigt ressemblent à un vrai doigt humain : elles sont vraiment emboîtées, contrairement aux autres qui ne sont pas réellement articulées entre elles, et sont correctement orientées les unes par rapport aux autres.

Les autres phalanges de chaque doigt semblent donc avoir été ajoutées, et ressemblent plutôt à des métacarpiens qu’à de vraies phalanges.

Quant à la paume, elle est en vrac, je le disais, et certains os sont manifestement des phalanges.

L’explication avancée est que la main a subi un choc, et qu’il y a donc des fractures. Cela n’explique pas la présence de phalanges à cet endroit, et cela ne ressemble à aucune radiographie de fracture que vous pourriez trouver sur Internet. D’ailleurs, les bouts brisés ont des diamètres légèrement différents, et on serait bien en peine de reconstituer quelque chose de cohérent. Et plus encore, il y a suffisamment d’os pour en faire cinq lignes dans la paume. À moins qu’il manque deux doigts, c’est encore un problème.

 

Les protagonistes.

Il y a deux individus dans la vidéo. L’homme en blouse, je ne comprends pas qui il est. Ni les articles ni la vidéo ne sont clairs : il semble être un local, et être docteur. On n’en sait pas plus.

L’autre, avec son accent français, semble être Thierry Jamin. On le devine, en tout cas.

Pour ceux qui ne connaisse pas Jamin, il faut le dire, c’est un de ces Indiana Jones des temps moderne, et il est plus souvent impliqué dans des découvertes mystérieuses que dans de l’archéologie classique.

Je n’ai pas vraiment d’opinion sur lui. Il semble sincère dans ses démarches. Je vous l’accorde, c’est souvent insuffisant, mais c’est déjà ça.

En tout cas, il est manifestement l’auteur du texte du premier article. Article qui s’est donc contenté de reprendre au mot près une déclaration du principal promoteur de la découverte de la main.

Et ça, c’est pas du travail de journaliste : c’est du travail d’attaché de presse.

 

L’angle d’attaque de Stop Mensonge.

Quand je vois tout ça, moi, j’ai de gros doutes. Le peu qu’offrent ces articles fait plutôt pencher la balance du côté de la contrefaçon que du côté de l’authentique. Rien ne peut être prouvé ni dans un sens ni dans l’autre, mais ça ne sent pas bon.

Mais que dit l’article ?

L’article est catégorique : il n’émet aucun doute sur la véracité de la main, et paraît convaincu qu’elle est d’origine extraterrestre.

Aucune preuve concrète n’est avancée, aucun recul n’est pris par rapport aux affirmations des découvreurs de la main, rien n’est remis en question.

L’article est très oriente, et finalement informe peu. Il se contente de relayer une information sans remise en question, et n’apporte finalement que peu d’éléments.

Stop Mensonge fait également ici un travail de promotion plutôt qu’un travail de reporter. C’est souvent le cas : Stop Mensonge a plutôt tendance à relayer des informations qu’à effectuer un véritable travail de recherche. Et puisque ses sources sont des sites similaires ou les auteurs mêmes des découvertes sans qu’aucun avis contradictoire ne soit recherché, cela en dit long sur la qualité des informations qu’on peut lire sur ce site.

 

Conclusion.

Je pense qu’il n’est pas nécessaire d’attendre les tests ADN comme l’estime l’article : cette main a toute les chances d’être un faux. Il pourrait y avoir de l’ADN humain, puisque les os sont de vrais os et ressemble à des os humains. Peut-être de l’ADN animal, en vérité. Ou les deux. J’aurais dû mal à affirmer grand-chose de plus précis.

Mais en tout cas, rien n’indique que cette main soit vraie (au contraire !) et rien n’indique qu’elle soit extra-terrestre (même si elle était vraie, elle serait bizarre, mais de là dire extra-terrestre…).

Ici, Stop Mensonge fait, au mieux, de la spéculation hâtive. Il n’y a aucune remise en question, aucun conditionnel. Les articles affirment que cette main est une main extra-terrestre, sans le moindre recul, alors qu’il y a tout de même de sérieux doutes à avoir sur l’authenticité, et encore plus sur l’origine, de cette main.

 

Ouverture.

Outre cette main, qui est la relique la plus intéressante du lot, il faut bien mentionner qu’il circule aussi des photos et des radiographies de têtes ou de corps entiers de petits bonshommes, eux aussi désignés comme extraterrestre. Sans entrer dans les détails, il apparaît là aussi évident qu’ils sont faux et selon les cas taillés dans de la roche ou modelés en terre cuite. Ne pas douter de ces autres « artefacts » est là aussi un acte de foi qui ne repose sur rien de très convaincant.


[1] Ceux que ça intéresse pourront se reporter aux interviews vidéo de Thierry Jamin, qui explique les circonstances rocambolesque de cette découverte.

Stop Mensonge joue à la science : L’effet Dumas.

Média se disant « alternatif », Stop Mensonge est plus vraisemblablement une collection d’articles souvent plagiés, souvent infondés, qui véhiculent une idéologie bien précise au détriment du sérieux et de la vérification de l’information.

À travers quelques exemples, j’aimerais montrer ici, ce qui est aussi valable pour bien d’autres médias de la même mouvance, à quel point Stop Mensonge n’est pas une source d’information fiable.

Et ne me faites pas dire ce que je n’ai pas dit : dans bien des cas, les articles sont originaux, et non plagiés. Et tout ceci est assumé par le site, et généralement accepté par les autres sites sur lesquels le contenu et copié.

Quoi qu’il en soit, cet article-ci est un plagiat.

 

Début de l’article.

Passage obligé de tout ce qui touche à l’énergie sur les médias comme Stop Mensonge, l’article débute par une citation de Nikola Tesla.

Il y aurait beaucoup à dire sur Tesla, et encore plus sur le fantasme qu’il est devenu pour certains, son histoire ayant déformé par le temps et par l’enthousiasme.

Mais notez dès maintenant qu’une référence au génie précurseur de Tesla est assez mauvais signe…

Bref.

L’article rappelle que, deux ans plus tôt, un Ardéchois, Jean-Christophe Dumas, a conçu une machine capable de fournir un rendement de 116 %. C’est-à-dire pas moins qu’un moteur capable de fournir plus d’énergie que ce qu’on lui apporte, et donc de créer de toute pièce de l’énergie.

En plus du fait que ceci violerait nos connaissances en physique (et mériterait donc des preuves solides), on constate que c’est en grande partie du flanc. Déjà à l’époque, de nombreux doutes s’étaient élevés.

Je ne reviendrai pas dessus en détail, de nombreux articles l’ont fait, comme celui-ci.

Résumons : il y a deux ans, Dumas a affirmé avoir inventé une machine à créer de l’énergie. De sérieux doutes existent au sujet de cette invention. Et cet article tente de faire un bilan, deux ans après les faits.

Je note dès à présent qu’à l’époque, Dumas (et c’est tout à son honneur) avait expliqué ne pas vouloir tirer profit de sa découverte mais plutôt la léguer à l’humanité, et avait publié en ligne tous les plans nécessaires à la création de sa machine.

Malgré ça, aucune réplication sérieuse n’a à ce jour été réalisée…

Et pour une fois, on ne peut pas accuser les lobbys pétroliers de vouloir camoufler quelque chose qui les dérangent : les plans sont disponibles, aisés d’emploi, et pourtant les tentatives de réplication de l’expérience de Dumas sont jusque-là des échecs.

En tout cas, malgré des plans en « open source », rien ne semble avoir été fait en deux ans (ce que l’article n’évoque pas, évidemment, puisque la parole n’est donné qu’à Dumas lui-même). Si le moteur fonctionne, pourquoi, après deux ans, n’y a-t-il pas encore de résultats concrets ?

En tout cas, l’auteur tente ensuite d’expliquer ce rendement supérieur à 116 %.

 

L’effet Casimir.

L’article, pour expliquer le phénomène, évoque un physicien qui aurait « prédit l’existence d’un réservoir infinie d’énergie dans le vide ». Pas moins.

L’effet Casimir est un effet reconnu de physique, prédit par Hendrik Casimir et vérifié expérimentalement par la suite.

À aucun moment l’effet Casimir n’a de lien avec l’effet Dumas. Le seul objectif est de faire appel à des notions crédibles de physique pour asseoir une théorie infondée.

L’existence de l’effet Casimir ne permet pas de produire de l’énergie à partir du vide. Mais cette aura de physique quantique est un argument qui fait sérieux, et qui permet de ne pas donner l’impression que l’effet Dumas tient de la magie.

Mais précisons un peu tout cela.

L’effet Casimir est le fait que dans le vide complet, deux plaques parallèles parfaitement conductrices s’attirent. Elles n’ont a priori aucune raison de s’attirer en l’absence d’énergie, mais l’effet a, comme je l’ai dit, été vérifié expérimentalement.

Alors comment l’expliquer ?

Simplement, le vide ne possède en moyenne aucune énergie. Mais des fluctuations quantiques perturbent malgré tout ce vide, de sorte que les deux plaques sont plus fortement attirées que repoussées l’une part l’autre.

Peut-on extraire de l’énergie de tout cela ?

Non : il s’agit, comme je le disais, d’une fluctuation locale du vide, qui garde cependant une énergie globalement nulle. L’effet Casimir ne permet donc pas d’expliquer la production d’énergie à partir de rien.

Cela ne veut pas dire que c’est impossible de le faire, bien sûr. Mais en tout cas, faire référence à cet effet n’est que de la poudre aux yeux, c’est insuffisant pour expliquer l’effet Dumas si celui-ci existait bel et bien.

 

En pratique.

En théorie, donc, rien n’indique que l’effet Dumas puisse exister. Mais je vous l’accorde : ce ne serait pas la première fois que quelque chose d’inexplicable par la science moderne est constaté dans les faits.

C’est un peu ça, la science. Parfois, on constate de manière reproductible un phénomène qui en théorie ne devrait pas être tel qu’il est.

Est-ce le cas ici ?

Jusque-là, en tout cas, rien ne vient l’étayer. Seul Dumas et ses amis ont réussis à faire marcher un moteur à effet Dumas, et Youtube regorge de vidéos de réplications ayant ratées.

 

La tour de Wardenclyffe.

Cet article passe ensuite à un autre sujet que l’effet Dumas. On ne sait pas trop pourquoi.

Pour vous mettre dans le contexte, Tesla a créée, au début du XXe siècle, une tour de transmission d’information et d’énergie sans fil. Elle n’a jamais fonctionnée.

L’article évoque ici Leonid Plekhanov et Sergey Plekhanov, deux russes convaincus que Tesla avait raison dans ses théories, et que les techniques et matériaux modernes permettront de réussir là où il avait échoué. Ils veulent donc fabriquer une tour Tesla pour créer de l’énergie à bas coût, et lèvent des fonds pour cela.

Ce que l’article oublie de préciser, c’est qu’au moment de la publication, le projet est déjà tombé à l’eau depuis près de deux ans.

Détail.

Je n’en dirai pas plus, l’objectif de ce paragraphe est uniquement de montrer des informations depuis longtemps périmées et qui circulent toujours.

 

Le Flux Liner.

La dernière partie de cet article patch-work concerne un engin breveté par Tesla, sans lien une fois encore avec l’effet Dumas. L’article n’est pas très clair, mais on croit comprendre qu’il s’agit d’un vaisseau capable de se mouvoir à l’aide d’énergie reçue sans fil depuis une source distane.

L’extrait de brevet ne parle absolument pas d’engin volant, en tout cas. Et une fois encore, malgré des brevets disponibles, la machine n’a manifestement jamais existé pour de vrai.

 

La vidéo.

L’article, c’est le point central, présente une vidéo dans laquelle Dumas fait le bilan des deux dernières années, et tente d’expliquer son fameux effet.

Je n’évoquerai que certains points.

Dans la vidéo, Dumas tente d’expliquer son effet. Il évoque notamment le phénomène de cavitation.

On voit mal ce que la cavitation vient faire là, mais c’est là encore un phénomène bien réel, alors ça fait sérieux.

Dumas parle donc de sonochimie, s’étonnant que son appareil puisse transformer une substance chimique en une autre (ce qui, personnellement, ne m’étonne pas puisqu’on fait quand même passer un courant électrique, donc de l’énergie, et que cela se produirait que son effet existe ou pas, et n’est donc une preuve de rien).

Il évoque ensuite un laboratoire israélien (sans plus de précision) qui aurait confirmé son rendement supérieur à 100 %, preuve invérifiable. Un peu plus tard, est abordé l’éternel rengaine sur les industriels qui tentent de garder leur monopole.

Dumas revient ensuite sur ses explications. Il affirme sans hésitation que la cavitation est une réaction nucléaire, et plus particulièrement une fusion froide.

Bon, c’est complètement faux, mais on n’est plus à ça prêt. Il affirme aussi, et là c’est encore mieux, que le phénomène de cavitation de sa machine créé des gaz rares par nucléosynthèse. Notez dans l’extrait la grande quantité de termes techniques qui servent surtout à enfumer, puisque le propos est faux même s’il en bien enrobé. En tout cas, et là il reconnaît ne pas avoir de preuve, des gaz rares seraient produit par un phénomène de fusion froide au cours du processus.

Ce qui est fabuleux, c’est donc que sa machine qui est censée produire de l’énergie à partir du vide (c’est déjà très fort) est en plus de cela est capable (sauf erreur de ma part cette idée n’était pas présente à l’origine) de produire cette énergie grâce à un procédé de fusion froide dans les produits sont des gaz rares.

Globalement, rien de tout cela n’est très crédible. Stop Mensonge, et cela fait partie de son idéologie, propage ce genre de choses les yeux fermés. L’esprit critique de ses auteurs, quoi que bien développé, ne s’applique qu’aux idées qui leur déplaisent.

J’ajoute une dernière chose : rien n’est vérifiable dans la vidéo, puisque tous les noms de personnes ou de laboratoires cités dans la vidéo sont bipés, et qu’aucune publication des résultats ne semble avoir été faite nulle part.

 

Conclusion.

Je ne veux pas donner l’impression de généraliser à partir d’un exemple. Affirmer que le site Stop Mensonge diffuse des absurdités en sélectionnant quelques articles peut paraître spéculatif.

Mais déjà, cet article-là montre bien le sérieux du site : un plagiat en patch-work accumulant les erreurs. Et beaucoup d’autres articles sont du même acabit, il suffit d’en lire quelques-uns pour s’en rendre compte.

Dans bien des cas, quelques rapides recherches permettent de se rendre compte de cela. Recherches qui ne sont manifestement pas faites par les auteurs, qui se contentent de reprendre des informations qui leur plaisent sans les vérifier.