Les grecs et leurs mythes : un exemple.

La plupart des religions actuelles possèdent des récits mythologiques, c’est-à-dire des récits d’une époque ancienne peuplées de créatures fabuleuses, de héros aux exploits improbables, d’événements incompréhensibles.

Pourtant, croire avec une conviction inébranlable en ce genre de mythes n’est pas toujours évident.

De la même manière que les récits bibliques sont de plus en plus souvent remis en question, et n’apparaissent plus comme des faits véritables mais comme des métaphores, de nombreuses personnes des époques anciennes n’ont pas crus aux mythes qui allaient avec leurs croyances.

Voyons un exemple précis.

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Kaïnan ou l’anomalie de la généalogie biblique.

Comme dans de nombreux autres textes mythologiques, il existe dans le Tanakh et dans la Bible de longues généalogies. Il est intéressant de les comparer, puisque lorsqu’elles évoquent les mêmes lignées, elles présentent des différences.

Ici, nous allons nous intéresser à un personnage précis : Kaïnan. D’autres exemples du même genre existent.

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Une contradiction biblique : la mort de Judas Iscariote.

Il y a de nombreux passages erronés, contradictoires ou simplement douteux dans la Bible. Mais bien souvent, ce sont de petits détails, de petites subtilités. Ici, j’aimerais détailler une contradiction flagrante. Une des contradictions les plus manifestes.

Mais, avant toute chose, rappelons-nous que la Bible est une compilation : ce n’est pas un texte uni, c’est simplement le rassemblement de textes variés choisis parmi un très grand nombre de textes similaires lors du Concile de Rome en 382. Et le choix ne s’est fait que sur des critères théologiques (avec une élimination, notamment, des textes gnostiques), sans considération des aspects historiques. Ces textes, parfois, sont parallèles ; par exemples, les quatre évangiles dépeignent tous la vie de Jésus. Il est donc possible d’y trouver des passages en commun, et il est possible qu’il y ait alors des contradictions.

 

Deux récits très différents.

Ici, je m’intéresse à la mort de Judas Iscariote. Deux passages l’évoquent :

  • L’Évangile selon Matthieu (27:3 à 27:10)
  • Les Actes des apôtres (1:15 à 1:19)

Ces deux textes n’ont rien en commun.

 

3 Alors Judas, qui l’avait livré, voyant que Jésus avait été condamné, fut pris de remords et rapporta les trente pièces d’argent aux grands prêtres et aux anciens, 4 en disant : « J’ai péché en livrant un sang innocent. » Mais ils dirent : « Que nous importe ! C’est ton affaire ! »

5 Alors il se retira, en jetant l’argent du côté du sanctuaire, et alla se pendre. 6 Les grands prêtres prirent l’argent et dirent : « Il n’est pas permis de le verser au trésor, puisque c’est le prix du sang. » 7 Après avoir tenu conseil, ils achetèrent avec cette somme le champ du potier pour la sépulture des étrangers. 8 Voilà pourquoi jusqu’à maintenant ce champ est appelé : “Champ du sang”.

9 Alors s’accomplit ce qui avait été dit par le prophète Jérémie : Et ils prirent les trente pièces d’argent : c’est le prix de celui qui fut évalué, de celui qu’ont évalué les fils d’Israël. 10 Et ils les donnèrent pour le champ du potier, ainsi que le Seigneur me l’avait ordonné.

Évangile selon Matthieu (27:3 à 27:10)

15 En ces jours-là, Pierre se leva au milieu des frères – il y avait là, réuni, un groupe d’environ cent vingt personnes – et il déclara :

16 « Frères, il fallait que s’accomplisse ce que l’Esprit Saint avait annoncé dans l’Écriture, par la bouche de David, à propos de Judas devenu le guide de ceux qui ont arrêté Jésus. 17 Il était de notre nombre et avait reçu sa part de notre service. 18 Or cet homme, avec le salaire de son iniquité, avait acheté une terre : il est tombé en avant, s’est ouvert par le milieu, et ses entrailles se sont toutes répandues. 19 Tous les habitants de Jérusalem l’ont appris : aussi cette terre a-t-elle été appelée, dans leur langue, Hakeldama, c’est-à-dire Terre de sang. [»]

Actes des apôtres (1:15 à 1:19)

 

Il s’agit ici de la Traduction œcuménique de la Bible (TOB), édition 2010. Je travaille habituellement avec l’ancienne édition Segond, néanmoins. Pour ceux qui sont rebutés par le manque de fluidité de ces traductions, il existe aussi une version bien plus accessible : la Bible en français courant. Et pour les adeptes des traductions ultra-littérales, essayez la version Chouraqui.

 En somme, chez Matthieu :

  • Judas, pris de remord, donne l’argent de la trahison aux prêtres.
  • Il se suicide ensuite par pendaison.
  • Les prêtres, avec l’argent, achètent un champ.

Et dans les Actes :

  • Judas, avec l’argent de la trahison achète un champ.
  • Judas, dans son champ, meurt d’une mauvaise chute.

 

Deux questions se posent à la lecture de ces deux récits :

  • Comment Judas est-il mort : en se pendant ou en faisant une mauvaise chute ?
  • Qu’est devenu l’argent de la trahison, et qui a acheté le champ : Judas ou les prêtres ?

Comment concilier ces deux textes, si contradictoires ?

Le peut-on ?

Le doit-on ?

 

La mort de Judas : suicide ou accident ?

Lorsque l’on se penche sur cette question, on remarque que des commentateurs bibliques (souvent de mauvaise foi et qui lisent rarement le grec ancien) avancent diverses hypothèses pour concilier les deux récits. Je vous résume ici les solutions les plus souvent avancées :

  • Solution no1 : Judas a voulu se pendre à un arbre dominant un précipice de la vallée du Hinnom, mais la corde s’est rompue (ou la branche a cassée) et il est tombé, se brisant la colonne et rependant ses entrailles.
  • Solution no2 : Judas s’est pendu, et quelque temps après, son ventre (rempli de gaz et fragilisé par la putréfaction des chairs) éclata, répandant ses entrailles.

À la lecture de ces commentaires, il semble que ces deux récits, franchement contradictoires, puissent paraître logiques et complémentaires à certains. Mais avec une telle approche, on peut faire des choses extraordinaires, et concilier n’importes quelles histoires contradictoires. C’est une démarche qui nécessite de bien vouloir y croire par avance.

Revenons un peu plus en détail sur ces commentaires, et pour cela voyons un peu le texte en grec.

Le terme πρηνὴς (prênếs), qui n’est utilisé nulle part ailleurs dans la Bible, est traduit de diverses manières mais signifie « tomber ». Nos amis essayent ici de nous faire croire que lors de sa pendaison, la corde ou la branche aurait cassée, faisant choir Judas (avant ou bien après sa mort, peu importe).

Si l’on se penche sur ce terme, on constate cependant qu’il contient une subtilité en plus de la notion de chute. Le terme signifie « tomber en avant », « tomber tête la première ». Il y a cette notion supplémentaire de chute en avant. Ce qui va très mal avec la possibilité d’une corde ou d’une branche qui cède.

Quant à l’idée que la phrase « il est tombé en avant, s’est ouvert par le milieu, et ses entrailles se sont toutes répandues » puisse signifier, en dehors de tout contexte, qu’un corps de pendu en putréfaction a déversé des entrailles au sol en se décrochant… eh bien cela demande un effort d’imagination certain. S’il s’était pendu, pourquoi cela n’aurait pas été mentionné ? Et s’il était déjà en train de pourrir, pourquoi n’aurait-il pas été mentionné que lors de sa chute il était déjà mort depuis des jours et des jours ?

 

 

L’achat du champ : par Judas ou par les prêtres ?

Pour ce qui est du champ, la plupart des commentateurs disent à peu de chose près : en fait, quand il est dit « Cet homme, ayant acquis un champ avec le salaire du crime », il faut comprendre « Cet homme, avec l’argent duquel on a acheté un champ ». Il y a une sorte de transfert, de sorte que l’on attribue l’achat du champ à Judas parce que cela a été fait avec son argent.

Là encore, il faut être par avance convaincu pour accepter une telle approche…

Dans le détail, il y a en fait deux écoles, avec de petites variantes :

  • Solution no 1 : le champ a tout simplement été acheté par les prêtres. « Judas ayant acheté un champ » doit alors être compris comme « un champ a été acheté via l’argent de Judas qu’il avait rendu » (un peu comme si c’était lui qui l’avait acheté). Mais il faut tordre le texte à un point inimaginable pour y arriver (au mépris de toute traduction sensée).
  • Idée no 2 : le champ a été acheté deux fois (une fois par Judas, et une fois par les prêtres). Dans ce cas, deux variantes sont données :
    • Judas achète le champ avec la récompense ; mais il éprouve des remords, et apporte aux prêtres l’équivalent de la somme qu’il avait reçu (trente pièces d’argents d’une origine non précisée qui remplacent celles déjà dépensée). Ensuite les prêtres rachètent le même champ avec cette somme.
    • Ayant déjà donné l’argent de la dénonciation aux prêtres, Judas achète le champ avec ses propres fonds, et là encore les prêtres arrivent dans un second temps pour acheter le même champ.

Je vous laisse juger de la crédibilité de ces différentes tentatives de conciliation.

Ici, l’analyse du texte grec apporte une information : le nom du terrain.

Chez Matthieu : Ἀγρὸς Αἵματος (Agrós Haímatos), le « Champ du Sang ».

Dans les Actes : Ἀκελδαμά (Akeldamá), soit en araméen Haqèl-Dema, le « Terrain du Sang ».

Bien que le terme ne soit pas exactement le même, il semblerait qu’il s’agisse bien du même champ dans les deux textes. De fait, si l’on accepte la solution 2, alors le même champ a bel et bien été acheté deux fois. Ce qui, là encore, ne va pas bien avec les deux récits… Là encore, donc, pour concilier les deux textes, il faut complexifier lourdement le déroulement des événements. Et on s’écarte donc de beaucoup du texte, de cette façon.

 

 

La mort de Judas : des informations masquées.

La Bible contient un grand nombre de contradictions manifestes (en fait, dès que deux textes abordent un même événement, il y en a). Tenter de nier ses contradictions et conciliant les apparentes différences revient à s’exposer à douter de tous les passages pour lesquels il n’existe qu’une référence.

Je m’explique : considérer deux passages très différents comme complémentaires uniquement parce qu’ils ne sont pas directement contradictoires, cela revient à considérer que l’un des deux (voire les deux) cachent des informations essentielles.

Ici, par exemple, les Actes cachent le fait que Judas s’est suicidé. Ça n’est pas rien.

Mais essayons un petit exercice de pensée pour illustrer ceci.

Prenons l’épisode de la femme adultère (le fameux « Que celui d’entre vous qui n’a jamais péché lui jette la première pierre ! ») ; il n’est abordé que par l’Évangile selon Jean. Est-ce que lorsqu’il est dit « Les maîtres de la loi et les Pharisiens lui amenèrent alors une femme qu’on avait surprise en train de commettre un adultère » on peut comprendre qu’en réalité, elle a couché avec un bouc ?

Car après tout, si un autre passage de la Bible relatait cet événement en décrivant une femme coupable d’avoir eu des relations charnelles avec un animal (contraires elles aussi à la loi de Moïse : Lévitique 18:23), il faudrait bien se résoudre à concilier les deux choses comme cela est fait pour la mort de Judas, et à affirmer qu’elle a trompé son mari avec un animal.

Vous trouvez cela ridicule ? Qu’on parle d’une femme adultère sans évoquer le fait qu’elle ait trompé son mari avec un bouc semble absurde : si ça avait le cas, cela aurait été mentionné.

Mais alors revenons à notre cas : que l’on parle de la mort de Judas sans évoquer une pendaison, cela n’est-il pas tout aussi absurde ? N’est-il pas absurde de parler uniquement d’une chute alors qu’elle est, prétendument, secondaire à un suicide par pendaison ?

En fait, croire cela revient à penser que tout ce qui n’est pas dit ou nié clairement par la Bible est malgré tout possible. S’il est possible que la chute soit secondaire à une pendaison qui n’est pas évoquée dans ce texte-là, alors il est possible que la femme adultère ait couché avec un bouc, même si cela n’est pas dit non plus.

Ce qui me paraît absurde, ici, c’est cette façon d’éliminer les contradictions en rendant le texte encore plus douteux.

 

L’achat du champ : une question d’interprétation.

Si l’on peut à loisir transformer « Judas a acheté un champ » en « Quelqu’un a acheté un champ avec l’argent de Judas », alors on peut tout faire dire à la Bible. S’il est possible d’interpréter un passage comme celui-ci de cette manière (c’est-à-dire dans un sens complétement différent de ce qui est véritablement écrit), alors c’est la porte ouverte à toutes les modifications imaginables.

Comment faire confiance à un passage donné si la phrase « Judas a acheté un champ » signifie en réalité « Quelqu’un a acheté un champ avec l’argent de Judas » ? Comment accorder le moindre crédit à une phrase quelconque du livre alors que l’on sait que certains passages offrent un sens allégorique de cet acabit ?

La Bible est censée être claire : elle doit offrir un message le plus limpide possible. Pour concilier les deux récits, les commentateurs sont obligés d’affirmer qu’un des passages est littéral, et que l’autre est allégorique. Mais il est ici évident que si Matthieu n’avait rien dit, les commentateurs auraient acceptés le texte des Actes et auraient donc accepté que Judas se soit lui-même acheté un champ avec le salaire de son crime, et qu’il y soit mort accidentellement.

Alors vient une question : quel est l’intérêt de la Bible si chaque passage doit être interprété de la bonne manière pour être compris ? Si un élément aussi simple qu’un achat de champ nécessite de recouper différents récits pour être compris, alors le texte est éminemment douteux…

Car c’est là que le bât blesse : pour éliminer les contradictions de la Bible (qui jettent le discrédit sur l’ensemble du livre), la seule méthode consiste souvent à déformer le propos de telle manière que cela jette encore plus le discrédit sur l’ensemble du livre. Il y a énormément d’exemples de ce type, et les commentateurs qui distordent le texte pour éliminer les contradictions et erreurs de tout genre, en réalité, corrompent encore plus son sens puisqu’il s’agit d’une négation catégorique de la simplicité et de la clarté du message.

 

 

 

Et si l’on acceptait les conciliations proposées ?

Qu’un individu décrive la pendaison de Judas en disant « il tomba la tête la première, son corps éclata par le milieu et tous ses intestins se répandirent », on peut l’admettre ; essayons en tout cas. Imaginons que les deux textes soient effectivement vrais, qu’ils soient complémentaires.

Les Actes des apôtres rapportent l’événement d’un suicide par pendaison sans évoquer la pendaison et en le narrant comme s’il était accidentel. Soit.

Alors une chose est sûre : un tel témoin est un très mauvais témoin. Décrire un suicide par pendaison d’une telle manière, c’est montrer son incompétence totale à rapporter des faits de manière simple et pertinente.

Donc voilà un nouveau problème : affirmer qu’il n’y a pas de contradictions entre deux récits différents, c’est affirmer que les deux témoins font preuve d’une grande médiocrité lorsqu’ils rapportent des faits ou des propos (ce qui est pourtant l’objectif des Évangiles et des Actes des apôtres). Et cela jette donc le doute sur tout le reste du texte, dont chaque passage aurait ainsi pu être rapporté d’une manière approximative. L’intégralité des évangiles et des autres textes sont donc des témoignages de mauvaise facture auxquels on ne peut pas faire confiance.

N’est-ce pas pire, quelque part ?

 

 

Conclusion.

Pour éviter à l’avance toute remarque là-dessus, je note ceci : ces détails n’ont pas d’importance. La véritable foi chrétienne se moque bien de savoir si Judas s’est suicidé par culpabilité ou s’il est mort accidentellement (le crime ne payant jamais), et la véritable foi chrétienne se moque carrément de savoir qui a acheté le champ du potier. Non : ce qui compte, c’est le message de Jésus. C’est le message moral et théologique.

Mais ce message n’est lui-même pas fiable en l’état : si les témoins ne sont pas capables de décrire correctement un événement aussi simple que la mort d’un homme, comment pourraient-ils retranscrire de manière fiable la pensée de Jésus ? Comment croire en la parole biblique si les propos sont rapportés par de tels incompétents ?

Cela me paraît difficile.

Dans cet exemple, j’essaye de montrer quelque chose : la Bible n’est pas fiable. Elle n’est pas utilisable en l’état, puisqu’elle nécessite une lourde interprétation, et n’est pas entièrement cohérente puisqu’il existe des contradictions entre les différents textes qui la composent ou entre eux et les sources non chrétiennes.

Les tentatives de résolutions des contradictions, mêmes si elles sont parfois nécessaires au croyant (qui d’ailleurs se satisfait souvent d’explications aussi douteuses, voire plus, que celles données ici), sont peut-être pire que de concéder des erreurs.

Manifeste : Foi et religion.

La foi et la religion : définitions.

La foi est la conviction de l’existence d’une entité ou d’un phénomène.

La foi s’oppose à la preuve, puisque la foi se détermine par une conviction intime non lié à des faits observables.

La foi est souvent comparée à une confiance aveugle. La foi en Dieu consiste à croire à son existence sans en avoir de preuve. S’il existait des preuves de Dieu, on ne pourrait plus parler de croyance ni de foi. Ce serait simplement une évidence. Par exemple, croire en la gravité ne relève pas de la foi, mais du bon sens.

Pis : la foi est une vertu par le fait même qu’elle sous-entend que l’on fait confiance en Dieu sans attendre de sa part la moindre preuve d’existence.

C’est donc quelque chose qui vient de l’intérieur. La foi n’est basée sur rien d’autre qu’une certitude profonde.

La foi concerne surtout le déisme, c’est-à-dire la croyance en l’existence d’une entité consciente ayant sciemment façonné l’univers. Déjà, remarquons que cette notion de Dieu ne nécessite absolument pas celle de religion.

Une religion est un système basé sur la foi, mais qui dépasse l’idée d’un Dieu. La religion attribue à Dieu des caractéristiques, des intentions, et décide de lui vouer un culte en imaginant s’attirer ses grâces. Chaque religion monothéiste se fonde sur une même idée de Dieu, mais en donne une interprétation très différente.

On peut ainsi croire en Dieu sans se réclamer d’aucune religion. C’est par exemple le cas de ceux qui évoquent un grand horloger créature de l’univers, mais ne lui vouent pas de culte.

 

De l’existence de Dieu.

L’existence de Dieu, lorsque l’on y regarde de plus près, n’a pas d’intérêt.

Est-ce que l’existence ou la non-existence de Dieu change quoi que ce soit à notre univers ? Non.

Les règles de notre univers existent et sont observables. Qu’elles soient ou non dues à une entité intelligente supérieure ne les modifient en rien.

De fait, la connaissance de Dieu n’est pas nécessaire. L’hypothèse Dieu n’apporte rien, ne change rien.

D’ailleurs, lorsque l’on évoque l’existence de Dieu, le principal problème est celui de la définition même de Dieu. Qu’est-ce que Dieu ? De quoi parle-t-on ?

Il est nécessaire, avant de se demander s’il existe ou pas, de savoir de quoi il s’agit.

À mon sens, « Dieu existe-t-il ? » n’est donc pas une bonne question. La seule qui vaille, à ce sujet, est « qu’est-ce que Dieu ? ».

Une fois que l’on a posé une définition (même imparfaite, car il s’agit surtout de se mettre d’accord), on peut s’interroger un peu plus. Par exemple, on peut s’interroger sur les caractéristiques de ce Dieu. Certains le disent à la fois bienveillant, omniscient et omnipotent.

Il est évident qu’il ne peut pas être les trois à la fois, puisque cela est faux du point de vue même de la logique, mais peut-on vraiment lui attribué un seul de ces adjectifs ?

Comment savoir si Dieu est bienveillant ou pas ?

En fait, on ne peut que difficilement répondre à cela.

Ensuite, viens la religion. Et notamment, même en supposant que Dieu existe, est-il réellement utile de lui vouer un culte ? Comment savoir s’il apprécie ce culte et nous en récompensera, ou au contraire s’il déteste cela et nous punira ? Ou alors, cela lui est-il égal ?

S’il faut lui vouer un culte, alors lequel ? Comment savoir ce qui lui plait ?

 

En entrant dans un lieu de culte, faut-il enlever son chapeau ou faut-il enlever ses chaussures pour s’assurer une place au paradis ?

Là encore, difficile de répondre à ces questions.

Mais est-ce que cela à un intérêt, au final ?

 

La base des religions : textes sacrés et traditions.

Les livres sacrés sont l’un des éléments les plus intéressants des religions. Pour deux raisons principales.

Premièrement, il s’agit de textes à portée universelle qui s’avèrent cependant très spécifique à une époque et à un lieu donné. Le Tanakh, c’est une évidence, s’adresse à un peuple particulier issu d’une époque particulière. Le lire aujourd’hui n’a certainement pas le même impact. Quant à l’unité de lieu, elle est évidente puisque seuls des éléments (animaux, plantes, villes, etc.) d’une aire géographique très limitée sont cités. De fait, sa visée universaliste s’effondre rapidement. C’est aussi le cas des autres textes sacrés.

Deuxièmement, il s’agit de textes dont on affirme qu’ils sont d’inspiration divine. Cela, en plus de l’importance concrète de certains passages, nous fait bien comprendre qu’il est essentiel qu’ils soient parfaits en tout point. Cela n’est pas le cas : tous contiennent des contradictions, des erreurs manifestes et souvent des immoralités profondes. Pis encore, il n’existe jamais de version unique : aucun manuscrit du Tanakh et de la Bible ne contient le même texte (ce qui jette en doute sur d’éventuelles erreurs de copistes, et force les éditeurs à choisir un texte) ; quant au Coran, la situation est particulière, puisque tout a été fait pour qu’il n’existe qu’une seule et unique version, et ce à la lettre près (d’une part par la destruction de toutes les copies concurrentes au texte du calife Othman, d’autre part par une attention très scrupuleuse portée au texte). De fait, il est légitime de se poser des questions sur l’éventuelle modification du texte au cours du temps, par plusieurs génération d’Hommes (d’autant que dans la plupart des cas, ces textes n’ont été mis à l’écrit que tardivement, étant initialement appris par cœur et transmis de maître en disciple).

Quant à la tradition, elle apporte quelque chose d’autre. Si de nombreuses religions s’articulent autour d’un texte sacré d’inspiration divine qui leur sert de base religieuse et souvent juridique, elles sont toutes formées d’une importante tradition qui détermine l’usage qui est réellement fait des textes. Leur interprétation en dépend, et plus encore la tradition peut se mettre en premier plan : dans le catholicisme, l’Église est une construction qui n’est quasi pas basée sur la Bible. Tout a été construit dans un second temps. De même, entre différentes branches d’une même religion, un même texte peut donner deux usages très différents ; le sunnisme et le chiisme en sont en bon exemple puisqu’ils sont très différents (d’un point de vue théologique et juridique) alors qu’ils se basent sur des sources identiques.

Cela étant dit, quelle valeur peut-on réellement donner à ces textes et à ces traditions ? Sachant qu’ils régulent la vie des millions de personnes, il serait bon de savoir quelle confiance ils devraient nous inspirer.

 

La religion et la science.

Voilà un autre point d’achoppement. Si la religion en elle-même est intéressante, de nombreuses personnes mettent en opposition religion et science. On parle même parfois de lutte.

Il y a alors plusieurs attitudes : une qui consiste à choisir son camp, et une qui consiste à tenter de concilier les deux.

On constate, lorsque l’on se penche sur le passé, que chaque avancée de la science a fait reculer la religion. Ça n’est pas anodin : la religion se niche là où il y a de la place.

Actuellement, une grande partie des croyants reconnaissent l’existence du Big Bang et de l’évolution des espèces. Cela aurait été parfaitement impensable il y a quelques siècles. Mais les preuves scientifiques ont, pas après pas, repoussé la religion dans ses retranchements.

Il n’est pas si loin le temps où la Bible était lue littéralement. Tout son contenu était alors tenu pour vrai, absolu et universel. De nos jours, cette position est intenable : seuls quelques rares illuminés y parviennent. De fait, la Bible est majoritairement lue selon un axe interprétatif.

Chaque fois que la science a pu démontrer des erreurs dans la Bible, les passages concernés ont cessés d’être pris au pied de la lettre, et ont commencé à n’être abordés que sous l’angle de l’allégorie.

Dès lors, comment faire confiance au texte ? Et surtout, comment interpréter un passage précis ?

Pour cette dernière question, il s’agit d’un choix qui bien souvent dépend surtout de ce que l’on veut faire dire au texte. Il est aisé de prendre au pied de la lettre un passage qui nous plait, et de rejeter comme simplement allégorique un passage qui nous déplaît.

De nombreuses personnes refusent de voir là-dedans une victoire de la science. D’ailleurs, ayant abandonné la lecture littérale des textes, ils se réfugient là où la science ne semble pas avoir d’emprise : la morale.

Il existe de plus en plus de croyants qui acceptent les connaissances scientifiques dans son ensemble et lisent la Bible à partir d’elles, en rejetant ainsi le déluge de Noé (qui n’est plus considéré comme une réalité, mais reste selon eux une métaphore, un conte utile) ainsi que bien d’autres passages, mais en acceptant tout l’enseignement juridique et moral contre lesquels la science ne pourra jamais rien.

Si par exemple la Bible condamne une pratique alimentaire, jamais la science ne pourra la contredire. Voilà donc au moins quelques passages qui sont à l’abri. Il en va de même pour la condamnation de n’importe quel comportement, ou de n’importe quel pratique ; ou au contraire de la glorification de ces mêmes choses.

 

La religion et la morale.

J’en arrive donc au dernier point. Les religions ne conservent, aux yeux du grand public, à peu près que leur enseignement moral. Le reste est vu comme une mythologie, comme des contes pour enfant.

Mais ces religions sont-elles si morales ?

Pas toujours. Il existe dans chaque texte sacré des passages qui ferait frémir d’horreur n’importe qui de censé. Ils sont souvent mis de côté, puisque souvent les croyants piochent ce qui leur plait.

Dès lors, comment considérer ces textes ? S’il faut choisir ce qui est bon ou non parmi les informations données, quel est leur intérêt ? Autant se créer sa propre morale.

Ensuite, que faire si les textes n’évoquent pas un point précis ?

Puisqu’ils s’adressent à des peuples complètement différents de nous, les textes n’abordent pas grand nombre de problèmes actuels, et il est nécessaire de surinterpréter pour parvenir à y trouver des solutions.

Le Tanakh, la Bible et le Coran ne parlent jamais des manipulations génétiques. Alors est-ce condamnable de le faire, ou non ? Ils ne parlent jamais de l’intelligence artificielle. Est-ce condamnable d’en créer ?

Ils n’ont pas la réponse à ce genre de questions. Il est plus souvent question de la façon de manger ou de se nourrir dans un contexte vieux de plusieurs millénaires.

La question de l’intérêt de ces religions aujourd’hui peut donc se poser.

Quant aux nouvelles religions, notamment les religions dites New Age, c’est une autre question : elles sont plus modernes, mieux adaptées à notre mode de vie actuelle. Mais sont-elles pour autant intéressantes ?

 

 

Quels projets à ce sujet ?

Dans mes articles, je parlerai surtout de la Bible. Pour deux très bonnes raisons.

La première étant que dans une culture judéo-chrétienne comme la nôtre, c’est la religion la plus présente et la mieux connue de mon lectorat ; la deuxième, plus terre à terre encore, est qu’il s’agit de celle que je connais le mieux.

Je parlerai aussi des autres religions du livre : judaïsme, islam, mormonisme (qu’il est difficile de considérer comme une simple branche du christianisme).

Je parlerai peut-être des autres religions, mais l’esprit en est souvent très différent. Les religions polythéistes sont radicalement différentes, et reposent peu sur des textes sacrés tels le Tanakh, la Bible, le Coran et le livre de Mormon.

Quant à certaines religions orientales, elles tiennent parfois plus de la philosophie que de la religion, malgré un socle de croyances.

Le paganisme, l’animisme, ne sont pas des religions. La religion suppose un système institutionnalisé ou un minimum formalisé.

J’évoquerai aussi la superstition. Les croyances ne se résument pas aux religions, et l’impact de certaines superstitions est flagrants (y compris chez des religieux, puisque la religion n’a jamais réussi à éliminer les superstitions mêmes non fidèles aux dogmes).

C’est cela la croyance : tenir pour vraie une chose sans en avoir de preuve. Peu importe que cette chose soit vraie ou fausse dans la réalité, d’ailleurs : tenir pour vrai une chose effectivement vraie peut relever de la croyance si cette certitude ne s’appuie pas sur des preuves mais simplement sur une conviction intime. La religion n’est pas la seule forme de croyance.

Les articles que j’écrirai porteront d’une part sur l’idée même de Dieu (l’idée déiste indépendante de toute forme de religion) et d’autre part sur les pratiques religieuses et leur base (notamment leurs limites, leur failles). Je parlerai donc aussi un peu des croyances non liées à une divinité : superstitions et pensée magique.