Retour sur l’affaire du Muesli.

Voilà déjà plus d’un mois, un faux scandale sur la présence de résidus de pesticides dans le Muesli a éclaté. Grand habitué de ce mode opératoire, l’organisation Générations Futures est l’instigatrice de tout cela, puisque c’est elle qui a publié le rapport dont tous les médias ont parlé.

Il n’a pas fallu longtemps pour que certains mettent en évidence les failles de ce rapport, et rappellent les conflits d’intérêt de l’organisation.

 

Mise en contexte.

Générations Futures est bien connu, et ses pratiques également.

Un tel événement s’est d’ailleurs déjà produit, mais avec des salades en lieu et place du muesli.

À l’époque, UFC-Que choisir concluait : « l’enquête sur les pesticides et les perturbateurs endocriniens dans les salades laisse néanmoins songeur, dans la mesure où elle ne dit strictement rien du bio. Son seul but, clairement affiché, est de dissuader les consommateurs de manger des salades conventionnelles. ».

Il s’agit de l’article intitulé « Pesticides dans les salades – Générations futures noircit le tableau ».

Il évoque aussi la présidente de Générations Futures, Maria Pelletier, qui « dirige par ailleurs une PME spécialisée dans les farines et les aliments bio pour l’élevage » et est « administratrice du syndicat national des entreprises bio, le Synabio ».

 

 

Le rapport.

Vous pourrez trouver d’une part le rapport complet, d’autre par une manchette de communication, dont le titre et le contenu sont un peu plus partisans.

Générations Futures : Enquête EXPPERT 7 : des pesticides perturbateurs endocriniens dans des mueslis (et autres mélanges céréales/fruits secs du petit-déjeuner) (rapport complet en PDF, 11 octobre).

Générations Futures : EXPPERT 7 : Ras le bol des pesticides perturbateurs endocriniens (annonce du rapport et revue de presse, 11 octobre).

 

 

Articles critiques.

Chèvre Pensante : Générations Futures dénonce : manger 17 500 bols de Mueslis par jour est nocif ! (11 octobre).

L’article rappelle qui est Générations Futures, apporte quelques critiques à l’enquête, puis (surtout) analyse la réaction des médias, presque unanimement alarmistes et sans recul.

 

La Théière cosmique : Le Muesli du matin n’est PAS bourré de pesticides par Matt McOtelett (12 octobre).

L’article se penche sur le rapport et constate les points suivants :

  • Le choix des marques de muesli n’est pas expliqué.
  • Seuls les résidus détectés sont cités. On ignore donc quels pesticides ont été cherchés sans être trouvés, ni quels pesticides n’ont même pas été cherchés.
  • Il existe des pesticides biologiques qui sont des perturbateurs endocriniens (comme la bouillie bordelaise).
  • Le nombre de 141 pesticides est une invention complète.
  • Pour ingurgiter des quantités toxiques de pesticides, il faut manger plusieurs centaines à plusieurs milliers de bol de muesli par jour (bien évidemment vous seriez mort avant d’avoir fini une aussi grande quantité de nourriture en aussi peu de temps).
  • Même en prenant en compte l’effet cocktail (qui est bien mieux connu que ce que laisse supposer le rapport de Générations Futures), le muesli n’est pas toxique dans des quantités humainement consommables.

Les commentaires de l’article sont également instructifs.

 

Communiqué de l’AFIS : Pesticides dans les mueslis : encore une alerte pour rien… (13 octobre).

Le communiqué s’attarde sur trois points :

  • Cette enquête « n’apporte aucune information nouvelle » et il n’y a donc pas « matière pour un tel battage médiatique ».
  • Cette enquête n’a rien trouvé d’anormal : si l’on se penche sur les doses journalières admissibles (DJA), tous les échantillons analysés sont bien en deçà des normes. Prise telle quelle, l’enquête est donc en réalité rassurante.
  • Cette enquête « n’évoque pas de résidus de pesticides homologués en agriculture biologique dans les mueslis bio », ce qui est logique lorsque l’on sait que Générations Futures a des conflits d’intérêt et que ses actions sont destinées à ne parler que des effets néfastes de l’agriculture non bio. Les médias, qui ont l’habitude de bien souligner les conflits d’intérêt dans ce genre de cas, sont étrangement muets ici.

Le communiqué rappelle aussi (pour comparaison) que deux semaines plus tôt, un lot de muesli bio a été rappelé en raison d’une contamination par des salmonelles (ce qui est plus grave) mais que cela n’a pas été relayé par les médias.

 

Agriculture, alimentation, santé publique… soyons rationnels : Générations Futures et muesli : le plus déplorable, c’est encore la presse ! par Seppi (13 octobre).

Dans cet article un brin sarcastique, Seppi décrypte toute l’affaire. Sans doute l’article le plus complet.

Je ne peux que vous inviter à le lire.

 

 

Résumé de l’affaire (caricaturalement).

  • Générations Futures publie une enquête sur la présence de résidus de pesticide dans le muesli : Le rapport Exppert 7.
  • Génération Future est un lobby bien connu, partisan de l’agriculture biologique.
  • Les médias grand public franco-belges relayent l’info sans changer une virgule à la communication rodée de GF.
  • Même si des critiques et des démentis surgissent çà et là, ils n’ont absolument pas la même diffusion que les articles alarmistes, et arrivent trop tard.
  • En définitive, le coup de com’ est réussi, mais au détriment du vrai puisque le rapport est bourré de biais et ses informations ont été sortis de leur contexte.

 

Commentaire.

L’affaire est très intéressante. Elle correspond bien à une certaine façon de travailler des journalistes :

  • Les conflits d’intérêt ne semblent être pris en compte que lorsqu’il s’agit d’entreprises ayant une mauvaise image. Pourtant, une entreprise comme Monsanto (régulièrement diabolisé) affiche un chiffre d’affaire qui n’est pas très différent de celui des entreprises du bio (par exemple, Whole Foods Market a un CA de 12,9 milliards de dollars en 2013, contre 15 milliards pour Monsanto en 2015). Un article sur le lobby du bio, très actif et de plus en plus puissant : Agriculture bio : réseaux et lobbying.
  • Les journalistes ne comprennent pas grand-chose à la science, et font généralement confiance aux conclusions des rapports d’experts et des articles scientifiques. Ici, comme souvent, la plaquette d’information a malheureusement été rédigée de manière partisane et reflète mal le contenu de l’article (qui pourtant est lui-même entaché d’erreurs).
  • Que ce qu’on lui raconte soit vrai ou faux, le grand public est très facilement exposé à l’alarmisme (qui se diffuse mieux et se retient mieux), mais très peu aux correctifs. Ainsi, le Huffington Post publie le 20 octobre un article critique, manifestement sous l’impulsion de celui de la Théière cosmique.
  • Lorsque l’on parle de perturbateur endocrinien, il est bon de rappeler qu’il ne s’agit pas uniquement de molécules synthétiques (contrairement à ce qui est souvent sous-entendu voire affirmé). Ainsi, des produits naturels comme la bière et le soja en sont (ils contiennent tous les deux des flavonoïdes). Le soja, malheureusement, est un des fers de lance de la pensée écolo-bio, ceux-là même qui sont les premiers à critiquer les perturbateurs endocriniens, mais qui pour le coup restent muets. La peur du « chimique », encore une fois, et non pas la peur d’un réel effet.

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