L’alcool et l’islam.

Aucun texte sacré n’étant exempt de contradictions et d’erreurs factuelles, penchons-nous sur le Coran, et intéressons-nous au statut de l’alcool dans l’islam.

Nous allons voir que le texte n’est pas clair à ce sujet.

J’utilise ici la traduction du Coran par Denise Masson, mais j’ai aussi consulté d’autres traductions pour éviter d’éventuels contre-sens ou ambiguïtés. J’ai modifié la ponctuation en plusieurs endroits.

 

Références à l’alcool dans le Coran.

Sourate II, verset 219.

Ils t’interrogent au sujet du vin et du jeu de hasard ; dis :

« Ils comportent tous deux, pour les hommes, un grand péché et un avantage, mais le péché qui s’y trouve est plus grand que leur utilité. »

Ici, l’alcool est condamné, mais assez mollement.

 

Sourate IV, verset 43.

Ô vous qui croyez !

N’approchez pas de la prière, alors que vous êtes ivres – attendez de savoir ce que vous dites ! – ou impurs – à moins que vous ne soyez en voyage – attendez de vous être lavés.

[…]

Ici, il semble qu’il est autorisé de boire de l’alcool : il est seulement interdit de prier ivre. Il faut attendre de dessaouler.

 

Sourate V, verset 90.

Ô vous qui croyez !

Le vin, le jeu de hasard, les pierres dressées et les flèches divinatoires sont une abomination et une œuvre du Démon. Évitez-les… peut-être serez-vous heureux.

Ici, l’alcool est fermement condamné, comme une abomination d’origine démoniaque.

 

Sourate V, verset 91.

Satan veut susciter parmi vous l’hostilité et la haine au moyen du vin et du jeu de hasard. Il veut ainsi vous détourner du souvenir de Dieu et de la prière. Ne vous abstiendrez-vous pas ?

Ici, idem.

 

Sourate XVI, verset 67.

Vous retirez une boisson enivrante et un aliment excellent des fruits des palmiers et des vignes. Il y a vraiment là un Signe pour un peuple qui comprend !

Ici, l’alcool est considéré comme bon ; le verset est intégré dans une liste de bienfaits divins comprenant également le lait et le miel.

 

Contradiction : l’alcool est-il interdit dans l’islam ?

Dans ces extraits, nous avons vu que dans le Coran, le statut de l’alcool n’est pas clair. Certains passages l’autorisent, d’autres l’interdisent. Et ceux qui l’interdisent ne le font pas de la même manière.

Hormis le Coran, il existe d’autres sources à l’islam : les hadiths. Ce sont des paroles du prophète Mahomet, mais contrairement au Coran, elles ne sont pas considérées comme directement inspirées de Dieu. Leur valeur est donc forcément différente, même si elles représentent un intérêt important. Des six principaux recueils de hadiths, le mieux considéré est le Sahîh d’Al-Bukhârî. Je n’ai cherché de référence à l’alcool ni dans ce Sahîh ni dans aucun autre recueil.

Dans les faits, l’alcool n’est pas autorisé dans l’islam. C’est l’interprétation qu’en font les savants.

Mais comment contournent-ils la contradiction ? Sur la base de quoi décident-ils le statut de l’alcool puisque le texte se contredit à ce sujet ?

 

Résolution de la contradiction : l’abrogation.

L’alcool n’est pas le seul cas où, dans le Coran, il existe une contradiction. Pour un texte d’inspiration divine, donner des informations contradictoires est forcément un problème.

Mais il a été résolu il y a longtemps.

On décrit en effet des versets mansûkh (abrogés) et des versets nâsikh (abrogeants). Ainsi, un verset ultérieur peut venir modifier, corriger, un verset antérieur.

Lorsqu’il y a contradiction, la chronologie décide : le verset le plus récent est vrai, le plus ancien est abrogé.

Ce système est fondé sur le Coran ; il n’a pas été inventé après coup par les savants musulmans.

 

Sourate II, verset 106.

Dès que nous abrogeons un verset ou dès que nous le faisons oublier, nous le remplaçons par un autre, meilleur ou semblable.

Ne sais-tu pas que Dieu est puissant sur toute chose ?

 

Sourate XVI, versets 101 :

Lorsque nous changeons un verset contre un autre verset – Dieu sait ce qu’il révèle – ils disent : « tu n’es qu’un faussaire ! ».
Non !..

Mais la plupart d’entre eux ne savent pas.

On voit bien que cette notion d’abrogation revient à Mahomet lui-même, afin de se défendre contre ceux qui l’accusent de tout inventer. Le terme faussaire traduit ici un mot qui signifie proprement inventeur, menteur, fabulateur. Diverses personnes semblent ainsi avoir accusé Mahomet d’être l’auteur des révélations, et de n’avoir rien reçu de Dieu, la preuve en étant qu’il se contredit lui-même. Ce à quoi il répond que c’est la volonté de Dieu de révéler ainsi sa parole.

 

Chronologie de l’interdiction de l’alcool.

Ici, le dernier verset semble être celui où l’alcool est autorisé. Pour autant, l’ordre des sourates n’est pas chronologie dans le Coran : elles sont triées par ordre de longueur décroissante (hormis la première qui sert d’introduction).

Il ne faut donc pas prendre en compte l’ordre dans le texte, mais l’ordre dans la révélation.

L’ordre chronologique traditionnel des sourates donne ici 16, 2, 4, 5. Soit, dans l’ordre : alcool autorisé, alcool à éviter, alcool interdit pendant la prière, alcool interdit en toute circonstance.

Certains savants expliquent même que, dans les premiers temps de l’islam, il a fallu interdire l’alcool progressivement, en trois étapes :

  • Étape 1 : en expliquant que malgré ses bienfaits, l’alcool possède des inconvénients (2, 219).
  • Étape 2 : en interdisant d’être ivre pendant la prière, car il faut être lucide à ce moment-là (4, 43).
  • Étape 3 : en interdisant complètement l’alcool (5, 90-91).

 

Problème de l’abrogation : établir l’ordre chronologique.

Établir l’ordre chronologique des sourates, en vérité, n’est pas si simple. Et tout le monde n’est pas d’accord sur l’ordre, même si de grandes tendances se dessinent.

En premier lieu, on distingue les sourates mecquoises des sourates médinoises. Les premières sont antérieures à l’hégire (c’est-à-dire au départ de Mahomet de la Mecque pour Médine), les autres y sont postérieures. Les sourates mecquoises sont elles-mêmes divisées en trois périodes.

Il y a quelques différences entre ces deux groupes : les sourates mecquoises sont surtout théologiques et liturgiques. Les sourates médinoises sont surtout juridiques et politiques.

Mais puisque l’ordre d’origine des sourates n’a pas été conservé, il faut le déterminer.

La tradition religieuse peut aider, mais son caractère tardif est rédhibitoire : il s’agit d’informations spéculatives qui ne sont pas d’époque.

Alors, concrètement, comment est fait le classement ?

Sur une analyse stylistique, sur une analyse du cheminement intellectuel de Mahomet. Il a été déterminé, par exemple, que la longueur des versets s’allonge avec le temps, que le ton est initialement impétueux, mais devient ensuite plus posé. Le vocabulaire varie également.

Quoi qu’il en soit, ce classement se fait en partie sur la base du raisonnement proposé par les versets. En clair, il n’est pas impossible que des cas comme celui de l’alcool soient justement utilisés pour établir la chronologie, alors même que cette chronologie est par la suite utilisée pour les justifier…

 

Si l’ordre est bon, qu’en tirer ?

Quand bien même l’ordre des sourates serait le bon, que la chronologie donnée au sujet de l’alcool serait la bonne, il resterait une question : plutôt qu’un cheminement en douceur destiné aux convertis, ne faudrait-il pas y voir plutôt un changement d’avis progressif de la part de Mahomet ? Cela ressemble beaucoup au discours d’un homme qui devient de plus en plus sévère sur certains points.

Pis encore : certains de ces passages ne pourraient-ils pas être des versets sataniques ? Sans vouloir aborder cet autre point, il faut noter que l’inspiration de certains versets pourrait ne pas être divine. Même si la réalité de l’influence de Satan sur Mahomet est fortement remise en cause par la plupart des savants, le doute peut planer sur l’authenticité de certaines parties du texte. Cela expliquerait pourquoi des versets se contredisent. Certains seraient des versets sataniques, et se seraient glissés dans le texte sacré… Même au sein du dogme, il y a de quoi s’interroger.

Auquel cas, quel est le véritable avis de Dieu sur l’alcool ? Quels versets sont divins, lesquels ne le sont pas ?

Personnellement, je préfère croire qu’il s’agit là de l’œuvre d’un homme. Le Coran, supposément message divin et parfait, ne l’ai manifestement pas, quelle que soit l’angle par lequel on l’aborde.

Voilà donc deux questions :

  • Une révélation divine en plusieurs étapes est-elle crédible ?
  • Un changement de discours n’est-il pas une caractéristique très humaine ?

 

 

Conclusion.

Le Coran, qui présente certaines incohérences, propose une méthode originale de contourner le problème avec ce système d’abrogation.

Pour autant, il est difficile de ne pas y voir l’œuvre d’un homme qui tente de masquer ses propres contradictions. Un tel système pourrait-il être d’inspiration divine ? Et si Dieu peut changer d’avis, le message actuel peut-il être abrogé ?

Peut-être qu’il l’a déjà été, mais que nous n’en savons rien. Mis à part via la fois, comment croire en un tel message ?

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